29.04.2008
Les cloches de Pâque
- Mamie… Mamie…. Regarde ! Grand-père est grimpé tout en haut de l’arbre !
- Ah… mais qu’est-ce qui lui prend encore ! Il va se tuer ! Il a vraiment perdu la tête ! C’est affreux…
C’est vrai que depuis quelques jours le pauvre papi a la raison qui s’égare…
Les premiers signes se sont manifestés, le jour ou les cloches sont rentrées de Rome. En passant comme de coutume elles ont éparpillé des œufs en chocolat dans la campagne… enfin, c’est ce qu’a dit la mamie à sa petite fille Marie-Louise… Ordre a donc été donné au grand père d’aller inspecter les lieux afin que sa petite fille puisse sortir effectuer sa « cueillette ».
Effectivement, grand-père est rentré disant qu’il avait vu des œufs enveloppés dans du papier doré un peu partout et même deux grands lapins en chocolat qui étaient restés suspendus par les pattes à des fourches d’arbres.
La cueillette pouvait donc commencer…
Une heure plus tard la petite Marie Louise est rentrée disant qu’elle n’avait trouvé qu’un lapin en chocolat.
- Il y en avait deux, a dit le grand-père.
- Tu es certain ? Lui a demandé sa femme ?
- Ben, oui quand même ! A-t-il répondu, un peu contrarié par ce genre de questions.
- Nous n’en avons trouvé qu’un !
Alors que répondre à ça ? Tout le monde est ressorti et le grand-père, fort de son expérience a suivi le chemin parcouru par les cloches. Ce qui a permis à Marie-Louise de récolter encore deux ou trois oeufs qui étaient un peu trop bien cachés. Mais… pas le moindre lapin en chocolat.
- Tu es certain d’en avoir vu deux ? a demandé la grand-mère.
- Ben, oui quand même, je sais encore ce que je fais !
Mais, au hochement de tête de sa femme, le doute a commencé à s’installer… Aurait-il perdu la raison ?
« Les femmes » sont rentrées laissant le grand-père à sa perplexité. Il a refait deux fois… trois fois… quatre fois… le chemin… mais, pas le moindre lapin en chocolat !
Il se souvenait bien en avoir vu un à la fourche basse d’un jeune chêne mais le deuxième, où l’avait-il aperçu ? Oui, où ?
Le reste de la soirée le pauvre homme s’est enfermé, seul, dans ses pensées… Sa femme a essayé de le rassurer par des paroles bien encourageantes : « Ce n’est peut-être pas grave… jusqu’à présent, tu avais toute ta tête… tu vois bien que je ne m’inquiète pas… ».
Le jour suivant, encore désemparé, il a refait trois fois le parcours des cloches ! Mais, rien… rien… rien…
C’est alors que sa femme l’a découvert se balançant à la cime d’un chêne à dix mètres de hauteur…
Lorsqu’il est redescendu, elle l’attendait au pied de l’arbre. Les yeux mouillés, elle l’observait, muette…
- C’est bon, a dit, le vieil homme cette escalade m’a permis de retrouver toute ma raison…
Dans le nid de pie se trouvait un papier argenté sur lequel un lapin souriait…
09:20 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Monts d'Arrée, contes, bretagne
16.04.2008
Les poules...
Ce matin, vers sept heures, j’ouvre les volets et là j’entends du remue-ménage dans la basse-cour. Mes deux poules, énervées, paniquées, "crient" au secours, sans doute.
"Ça y est, me dis-je, c'est encore le renard." Parce que comme tu le sais, il y a à peine quinze jours, il a déjà emporté mes deux vieilles poules.
Je bondis donc de la maison, sans prendre le temps de me chausser et cours pieds nus dans la rosée du matin. Je couvre les cents mètres qui me séparent du poulailler en un temps record (pour moi). Là, je les trouve toute énervées, tendues, le cou dressé et braillant, braillant…
Les deux canards que j'avais achetés en même temps étaient bien contrariés "Vos gueules, les poules disaient-ils, vous allez nous faire repérer par le renard". Mais, ces deux sottes continuaient de caqueter de plus belle.
Je fais le tour du poulailler, je regarde attentivement dans les haies, sur le talus rien, pas la trace du moindre animal. C'est alors que je réalise ce qui se passe… Au loin, j'entends le chant du coq du voisin qui fait part à la contrée de sa vigueur matinale et ces deux sottes en sont toutes émoustillées.
Bon, il faut dire qu'elles viennent juste de quitter leur lieu d'élevage où elles étaient bien tenues, bien surveillées et où elles ne risquaient pas les mauvaises rencontres. Alors à peine sorties de "leur couvent" être ainsi confrontées aux réalités de la nature, naturellement, ça trouble des âmes encore sensibles…
Je les ai calmées avec une bassine d'eau froide et je suis rentré à la maison assez perplexe… mes deux vieilles poules auraient-elles tout simplement fugué pour rejoindre ce démon tentateur ?
16:15 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, monts d'arrée
13.01.2008
Une soirée bretonne !
Pour sourire un peu...
- Ah, monsieur qu’est que tu as fait à ton nez ? et à ton Œil ? et à ton autre œil ? et à ton menton ? et à ta joue ? Pourquoi tu boîtes ?
… et les trente élèves, silencieux, attendaient que je réponde à ces questions bien indiscrètes posées par les petits de la classe.
- C’est en abattant un arbre, hier, dis-je. Une branche est venue fouetter mon visage…
Les petits compatissants semblaient se contenter de cette réponse mais au sourire entendu des plus grands j’ai deviné qu’ils se doutaient de quelque chose…
Alors, écoute un peu… Hier soir, j’étais invité à participer à une soirée bretonne dans une petite commune du Leon. Comme c’était « scène ouverte » j’avais emporté mon biniou koz, espérant jouer quelques mélodies.
Il faisait déjà nuit lorsque j’ai quitté la maison. Je roulais bien lentement… Les essuie-glaces suffisaient à peine à balayer l’eau qui roulait sur le pare-brise et parfois, je sentai la voiture osciller sous les bourrasques. La route sinueuse, étroite, s’enfonçait sombre dans l’épaisseur de la forêt… Je roulais, je roulais et j’arrivais en pays leonard…
J’ai joué deux petites mélodies « Mond davedeorc’h » et « an hini a garan ». D’après la traduction que l’on m’en a donné, ça voudrait dire « celle que j’aime » et « je vais vers toi » Tu vois, comme ces deux mélodies me parlaient de toi, jolie princesse, j’ai joué avec ton visage dans les yeux… Bon, depuis on m’a dit que « mond davedeorc’h » était un chant religieux qui voudrait plutôt dire « je vers vous Mon Dieu » …
J’ai été bien applaudi par les trois cents personnes présentes… suivait ensuite une conférence intitulée « Le lin au travers des siècles en pays Leonard » proposée par monsieur M… agrégé, professeur au Lycée du Saint Sacré Cœur à…
Qui aurait pu prévoir qu’un sujet aussi banal pouvait engendrer un tel cataclysme !
La conférence fut particulièrement intéressante et j’ai ainsi découvert l’origine des superbes enclos paroissiaux qui entourent quelques églises ici. J’ai aussi compris l’origine de ces imposantes demeures de maîtres construites avec l’argent du lin… mais j’ai aussi réalisé combien étaient exploités par ces même riches fermiers les pauvres domestiques qui semaient, récoltaient et travaillaient de l’aube à la nuit pour un salaire de misère. La séance s’est achevée par des questions au conférencier… et c’est là que petit à petit j’ai senti l’atmosphère s’électriser.
Tout est parti d’une question anodine. Une femme toute menue, bien discrète a levé le doigt et a demandé timidement.
« Comment se fait-il monsieur que vous n’ayez pas parlé du rôle joué par le clergé… » J’ai à peine eu le temps de me demander ce que venait faire le clergé dans la culture du lin que déjà les remarques fusaient des différents secteurs de l’assistance.
- Oui, parce que l’on connaît l’arrogance de ces « juloded » qui naturellement étaient tous accoquinés avec les prêtres pour mieux exploiter les domestiques…
- Il y avait même une prière récitée à chaque repas qui intimait à chacun de « rester à son rang, à sa place » hurla un autre.
Oh là… pensai je, ici, ça va se gâter… Le conférencier disait bien que ça se situait peu avant 1789 et qu’à l’époque…
- A l’époque ! A l’époque ! Mais regardez autour de vous, vous pouvez me dire où sont les prêtres aujourd’hui !
- Oui, toujours du côté des riches naturellement…
Alors là, n’oublie surtout pas que la conférence se tenait en pays Leonard, encore aujourd’hui terre de prêtres… J’ai vu opérer dans la salle quelques mouvements tournants… La « calotte » s’est regroupée, les « sans dieu » on fait de même, mais ils n’étaient pas en nombre…. Quelques femmes se sont signées avant de retrousser leurs manches et d’autres sont sorties en hurlant… je ne sais comment ça se fait, mais je me suis retrouvé dans le camp des plus faibles…
Le conférencier hurlait « … mais calmez-vous, c’était en 1789… c’était en 1789… » jusqu’à ce que le micro passe momentanément dans les mains d’un rouge qui hurla « A bas les calotins » et qu’il repasse dans les mains d’un blanc qui hurla « Exterminons les mécréants »… et… et je me suis réveillé dans une grande salle sur un lit de camp… Les pompiers s’activaient, les gendarmes s’activaient et le maire qui avait mis son écharpe ne décolérait pas… Après avoir fait quelques mouvements pour voir si je n’avais rien de cassé, je me suis tourné vers mon voisin de lit qui s’éveillait aussi. Nous nous sommes regardés et il m’a demandé « rouge ou blanc ? » … et nous sommes parti d’un immense fou rire…
Je me suis levé discrètement, j’ai un peu fait celui qui s’occupait des blessés et j’ai regagné ma voiture…
A trois heures du matin, je me suis couché épuisé et je me suis endormi tout de suite.
C’est hier, dimanche matin, de l’œil qui a bien voulu s’ouvrir, que j’ai pu constater les dégâts en me regardant dans la glace.
J’avais le nez assez profondément entaillé, l’œil fermé bien bleu, la joue toute griffée… et le corps endolori mais rien de cassé…
Voilà dans quel état je me suis présenté devant mes élèves ce matin (enfin, avec en plus quelques couleurs jaune- verdâtre, rouges, supplémentaires sous l’œil toujours fermé).
A midi, le maire est venu me serrer la main.
- Gast on t’a bien arrangé Yvan, a-t il dit.
- C’est un arbre ai-je murmuré.
- Tu as fait le bûcheron ce week-end ?
- Oui, et une branche en passant m’a fouetté le visage.
- Ah, ça a dû être très douloureux ?
- Oui, sur le coup mais heureusement je n’ai rien eu de cassé.
- Fais attention Yvan, on ne s’improvise pas bûcheron comme ça…
Et comme il s’éloignait, il s’est retourné…
- Ah ! J’allais oublier pourquoi j’étais venu te voir. Ce matin, on a eu un coup de fil à la mairie. Le bûcheron qui travaillait avec toi samedi m’a dit qu’il avait récupéré ton biniou… Tu l’avais oublié sous un arbre sans doute...
09:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
30.12.2007
Ah ! La dinde... de Noël !
En réponse à une lettre écrite par sa fiancée qui elle, habite la capitale...
Ah ! Madame, l'opéra, les impressionnistes, mais oubliez-vous que vous parlez à un humble sauvage ?????
Pour vous donner une comparaison et vous "ramenez" un peu au niveau des modestes habitants de la campagne, je vais vous conter la fin d'après-midi de cet être besogneux et simple à la fois :
Après son repas du dimanche, il (l'habitant de la forêt, le sauvage, moi donc) s'en allait avant la nuit, nourrir les poules et sa dinde... de Noël. Pour elles aussi, c'était repas de fête, c'est à dire peau et arêtes de saumon, carapace de langoustines mayonnaise (les restes de son modeste repas).
Quelle animation dans la basse-cour, chacune se précipite sur le festin sans la moindre retenue... et comme toujours, l'incident au milieu de la fête. Le rustique s'aperçoit soudain que sa dinde de Noël se comporte comme une dinde ! Elle a avalé toute entière le corps d'une langoustine qui est restée coincée dans son œsophage ! Le bec ouvert, elle suffoque, elle étouffe. Elle essaie d'avaler mais rien à faire. Elle faiblit déjà et doit se coucher sur le sol. Combien de temps une dinde peut-elle tenir sans respirer ???
L'homme des bois réagit prestement, conscient qu'il risque de perdre son réveillon... Il saisit la volaille et fait glisser la langoustine, millimètre par millimètre dans l'œsophage (comme le ferait une couturière qui passe un élastique à l'aide d'une épingle à nourrice) jusqu'au jabot. Sauvée, la dinde respire un grand coup et inconsciente du fait qu'elle vient de frôler la mort, elle se précipite à nouveau sur les restes du festin.
L'homme des bois regagne ensuite d'un pas pesant, sa chaumière, satisfait du devoir accompli... Pourtant, soudain un doute l'envahit :
"- Ne leur a-t-il pas donné trop de mayonnaise ? Et si maintenant elles mouraient toutes d'une crise de foie !"
Admettez, madame, que la vie à la campagne n'est pas toujours une chose si simple !!!!
18:04 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
21.12.2007
Un conte de Noël pour rêver un peu...
Etait-ce vraiment un conte ?
Hier soir, pour le réveillon de noël, l'association "Kan a diskan" avait organisé un fest noz. J'étais assis près de mon vieux maître et lui tenait compagnie tout en admirant les danseurs. Comme je m'extasiais de la virtuosité de la jeune musicienne, il m'a rapporté cette histoire, un véritable conte de Noël.
Écoute plutôt ses paroles…:
"Oh, ça remonte à loin, peut-être soixante ans maintenant. J'enseignais alors dans la vieille école, tu sais, celle qui se trouve près du Morbic et qui est aujourd'hui abandonnée. A l'époque, c'était une classe unique et notre village était bien isolé de la ville et de ses lumières. Je le trouvais bien calme, trop même pour le jeune maître que j'étais. Je ressentais bien souvent ma solitude et là, en cette veille de Noël, j'en souffrais encore plus que de coutume parce que j'allais passer seul le réveillon dans ma trop grande maison d'école.
En début d'après-midi, je travaillais dans mon verger. Je taillais les branches d'un pommier mais ces gestes automatiques qui ne demandent pas une bien grande attention ne me permettaient pas de chasser ma mélancolie.
Soudain, à la barrière du jardin, j'ai aperçu Marie-Louise, ma petite voisine qui est aussi mon élève de CP. Elle se dirigeait vers moi. J'ai tout de suite vu qu'elle avait sa tête des mauvais jours. Elle ignora, Fridu, mon boxer qui était parti se frotter à ses jambes en quête de caresses. Son visage généralement si éveillé, si épanoui me paraissait fermé et bien sombre. Elle est venue à ma hauteur et gardait la tête baissée.
- Bonjour Marie-Louise
- Bonjour monsieur, a-t-elle répondu, sans même lever le nez et en grattant la terre de la pointe de son soulier.
Je restais un moment silencieux, je ne voulais pas la bousculer, mais comme le silence se poursuivait, j'ai repris.
- Tu as des soucis Marie-Louise ?
- …
- Allez, ma petite demoiselle, tu ne devrais pas être si triste… Sais-tu que le Père Noël passera ce soir ? Ce n'est pas une bonne nouvelle ça ?
- Eh non ! Hurla-t-elle, en levant soudain vers moi un visage plein de larmes…Il ne passera plus jamais le Père Noël, plus jamais… parce qu'il n'existe pas !
- Qu'est-ce que tu me racontes là, Marie-Louise, le Père Noël n'existe pas ?
- Non, il n'existe pas, poursuivit-elle en sanglotant. Ses beaux yeux noirs d'ordinaire si brillants, étaient noyés de larmes. C'est mon frère Jules qui me l'a dit. Il a même ouvert l'armoire où papa et maman ont caché les cadeaux.
- Allons, lui dis-je en m'agenouillant pour lui essuyer les joues, ne pleure pas. Ton frère a peut-être voulu faire le malin. Es-tu certaine qu'il sache la vérité sur le père Noël, lui ?
- Ben, oui, c'est un grand quand même…
- Bon, alors moi, je te propose une chose, une expérience si tu préfères. Nous allons couper un sapin. Nous le placerons ici, dans mon jardin et toi tu vas le décorer. Si le Père Noël passe y mettre des cadeaux ce sera la preuve qu'il existe. Qu'en penses-tu ?
- Oui, je veux bien, monsieur, me dit elle en retrouvant son si joli sourire.
- Bien, je prends une scie, tu m'accompagnes, nous allons bien trouver un arbre qui nous servira de sapin.
Nous avons coupé, un jeune pin sauvage qui avait poussé seul près du talus. Nous l'avons ramené à la bonne taille et placé dans un vieux seau bien mal en point. Quelques grosses pierres avaient permis de le maintenir en équilibre.
- Bien, maintenant Marie-Louise, tu attends cinq minutes, je monte jusqu'à ma cuisine et je te ramène de quoi le décorer.
Je lui ai rapporté des fils de laine rouge et du papier d'aluminium.
- Tu vois, là dans les pommiers, il reste encore des pommes que les merles n'ont pas eu le temps de manger. Tu vas les cueillir, et les envelopper dans ces feuilles d'alu, ça te fera de superbes boules que nous suspendrons dans notre sapin.
Deux heures plus tard, notre arbre de noël avait déjà fière allure.
- Tiens, pour qu'il soit vraiment beau, notre sapin, nous allons cueillir quelques branches de houx qui portent encore des boules rouges. Ça finira de lui donner un air de fête.
- Que dis-tu de notre travail Marie-Louise ?
- Oh, oui, il est très joli monsieur, dit-elle en me prenant la main.
- Si le père Noël existe, il ne manquera pas d'y mettre un cadeau en faisant sa tournée. Alors pour éviter que certains soient jaloux et qu'ils te racontent encore des histoires tu ne parles à personne, de notre sapin, ce sera un secret entre nous deux et demain matin, nous verrons bien si le Père-Noël est passé.
- D'accord, monsieur, je ne dirai rien…
Elle avait retrouvé ses yeux noirs brillants de bonheur, d'intelligence et de malice ma petite Marie Louise… et lorsque nous nous sommes séparés, à la tombée de la nuit, il aurait été difficile de dire lequel de nous deux était le plus heureux.
Le lendemain matin, dès le levé du jour, je guettais, par la fenêtre de la cuisine, l'arrivée de Marie-Louise. J'étais certain que sa première visite serait pour notre sapin.
Effectivement, je la vis arriver bien emmitouflée dans son manteau. Sans hésitation, elle se dirigea vers le jardin. Lorsque je la rejoignis, elle tenait déjà dans sa main le cadeau que le père-Noël avait déposé au pied de notre arbre. C'était une grande enveloppe fermée par un ruban et sur laquelle elle put lire son nom "Pour Marie-Louise". Elle l'ouvrit… elle contenait une flûte Irlandaise et une jolie carte…
Elle restait là, silencieuse à contempler son cadeau.
- Veux-tu que je lise ce qu'il y a d'écrit sur la carte ?
Elle me la tendit.
" Qui a osé affirmer que le Père Noël n'existait pas ?
Comme je faisais ma tournée, mon attention a été attirée par ce magnifique sapin. Seulement, il n'existait pas encore, lorsque quelques jours plus tôt, j'avais dressé ma liste de distribution des cadeaux… J'étais donc bien embarrassé, il ne me restait plus de jouets… Je me suis souvenu alors, qu'au fond d'une de mes immenses poches, j'avais une flûte. Je ne te cacherai pas que j'ai un peu hésité à te la donner, pour deux raisons. La première, c'est que cette flûte n'est pas un jouet, c'est celle sur laquelle je joue parfois, lorsque je me sens un peu triste. Et la deuxième, c'est qu'elle est magique… Tu verras, dès que tu sauras en jouer, tu te rendras compte qu'elle sait faire danser, les mamies, les grands-pères, les mamans, les papas et même les enfants.
J'espère que tu en feras bon usage.
Je t'embrasse, petite Marie-Louise…
Signé : Le Père Noël"
Je lui ai rendu la lettre. Nous demeurions silencieux encore émerveillés par ce si gentil mot du Père Noël.
- Tu es heureuse Marie-Louise ?
- Oh oui, monsieur a-t-elle murmuré.
A cet instant, le soleil est passé juste au dessus de l'horizon et a fait briller de mille éclats les cristaux de givre qui s'étaient déposés sur notre sapin.
J'ai pris la main de Marie-Louise et je l'ai raccompagnée chez elle. Ses parents qui eux aussi un moment avaient pensé que le Père-Noël n'existait pas, ont bien été obligés d'admettre qu'ils s'étaient trompés.
Nous avons pris ensemble ce matin là, le plus délicieux chocolat chaud que j'aie jamais bu… Il avait le goût du bonheur.
Nous avons aussi pris rendez-vous pour apprendre à jouer de la flûte. C'est peut-être d'ailleurs parce qu'elle était magique qu'il n'était pas si simple d'en sortir un son.
Tu vois, cette musicienne que tu trouves si extraordinaire, eh bien… elle s'appelle Marie-Louise, c'est la petite fille de la petite Marie-Louise de mon histoire, et elle joue sur la flûte magique du Père Noël… Tu t'en serais douté ?
Et après ça, toi, ne viens surtout pas me dire que le Père Noël n'existe pas.
18:18 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
17.12.2007
Au près de la fontaine magique... une mélodie à la bombarde
12:05 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
05.11.2007
Le biniou koz
Ah ! C'est un véritable bijou, une merveille ! Je viens de faire l'acquisition d'un biniou koz. Imagine un instrument qui ressemble à la cornemuse mais en plus petit. C'est l'instrument que les gens d'ici utilisent pour accompagner la bombarde lors des festou deiz ou festou noz.
Sans plus attendre, je m'y suis donc mis. Je ne sais si tu as déjà soufflé dans un biniou koz ?
Je t'explique :
Tu souffles pour remplir la poche et tu entends "oooooonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn…"
Tu souffles plus fort pour obtenir un "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…"
Mais là, aussitôt le " oooooooooonnnnnnnnnnnnnnnn" s'arrête, et tu n'as qu'un "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" qui te casse les oreilles.
Patient tu recommences, une fois... dix fois... et c'est toujours "ooooooooooooonnnnnnnnnnn" ou "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" mais jamais "ooooooooooooonnnnnnnnnnn" et "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" en même temps.
Alors tu t'énerves, tu souffles plus fort et là, l'animal se tait !
Epuisé, j'ai donc arrêté de m'époumoner et j'ai décidé de me rendre à Brest afin d'acheter un sac pour loger et transporter "mon animal boudeur !"
Comme tu le sais, j'habite au bout du monde, dans la lande et l'ajonc. Et c'est toute une aventure que de se rendre à la ville. J'ai donc pris ma voiture, suivi un chemin de terre, puis un chemin communal, puis quelques départementales, puis la "nationale" et enfin la voie express. Enfin je suis entré dans la ville avec des voitures partout, partout, partout… ah que c'est inquiétant quand on ne connaît que les champs.
Chez "Décathlon" j'ai bien mis vingt minutes à trouver le sac qui me convient et là aussi, il y avait du monde, partout, partout, partout…
En sortant, à la porte du magasin, une superbe jeune femme m'adresse un sourire et me fait un petit signe de tête pour me dire bonjour.
"- Bonjour madame" lui dis-je en répondant à son sourire.
Tiens, les gens de la ville seraient-ils moins "sauvages" qu'on le dit ?
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. Lorsque je me suis assis au volant… je me suis aperçu que la charmante jeune dame s'était assise, à la place du passager !
Un peu perplexe, je lui ai demandé…
- Euuhhh madame, vous ne vous trompez pas de voiture ?
- Euuhhh monsieur, me répond-elle, ça dépend de vous.
Je suis resté la regarder silencieux, interrogateur.
- Voulez-vous que je vous dépose quelque part ? Dans quelle direction allez-vous ?
- Dans la même que vous, monsieur…m'a t'elle répondu me montrant un sourire gracieux.
- Ben, vous savez madame, là je retourne dans les Monts d'Arrée et si vous ne me dites pas où vous déposer, vous allez vous retrouver dans les champs au milieu de nulle part!
Elle m'a dévisagé un instant, comme si elle essayait de comprendre (mais quoi ?) puis elle s'est empourprée et s'est mise à hurler !
- Mais quel plouc celui-là !!! Tu crois que j'ai tu temps à perdre avec des bouseux pareils !!!
- Mais madame… ai-je balbutié en rougissant.
- Mais madame… mais madame… non mais je rêve ? T'es vraiment trop "con" m'a-t-elle dit en sortant et claquant violemment la portière.
Je suis resté un moment avant de redémarrer, un peu abasourdi par ce comportement imprévisible.
Lorsque j'ai raconté mon aventure à un de mes collègues joueur de biniou koz il m'a juste dit :
- ah, ça devait être une péripatéticienne.
- Ah bon…
Je n'en ai pas dit plus mais lorsque j'ai lu la définition du dictionnaire : "Qui suit la doctrine d'Aristote parce qu'Aristote enseignait en marchant".
J'ai bien compris que mon camarade avait voulu faire le savant ! Je me demande bien ce que cette jeune dame aurait pu m'enseigner en marchant !
08:48 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
31.10.2007
Le loup et la grand-mère
Aux dernières nouvelles, le loup aurait-il quitté le Mercantour pour venir s’installer dans les Monts d’Arrée ? A moins qu’il ne s’agisse d’un solitaire échappé du parc animalier de Menez Meur ?
Ecoutez cette histoire dramatique et vous jugerez vous-même.
Hier, mardi, en fin de journée, j’avais raconté aux enfants, l’histoire du petit chaperon rouge. Les plus petits (trois ans) semblaient avoir été marqués par la fin tragique de la grand-mère et s’étaient mis à pleurer… Je leur avais donc expliqué qu’il ne s’agissait que d’une histoire mais je voyais bien qu’ils n’étaient guère rassurés.
Et, le Jeudi matin, à l’ouverture de l’école, j’aperçois une jeune grand-mère qui se dirige vers moi, tenant sa petite fille par la main.
- Ah, monsieur, me dit-elle, ne pensez-vous pas avoir tourmenté l’esprit des enfants avec votre histoire du petit chaperon rouge ?
- ????
- Tiens, Lucie dit-elle à sa petite fille, va rejoindre tes petites copines…
Et pendant que la petite fille s’éloignait, la grand-mère poursuivit…
Eh oui, figurez-vous que hier, je gardais Lucie… et tandis qu’elle jouait au loup, j’étais à genoux, penchée sur le jardin, je repiquais quelques fleurs… Et soudain… j’ai ressenti une vive douleur à la fesse, j’ai hurlé de douleur… je me suis retourné… et là, heureux de sa bonne blague, le loup qui venait de me mordre, me regardait en souriant…
10:16 Publié dans Contes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, bretagne
27.10.2007
Le merle alcoolique
Note : Après un mois sans rien publier, j'ouvre les statistiques... et je constate avec un grand bonheur qu'une centaine de lecteurs ont ouvert ce blog... Comment vous remercier ? Voici un petit texte (déjà mis en ligne puis supprimé il y a un an environ) J'espère que vous aimerez...
Il est classé "conte"... mais allez savoir !!!
Ah ! Il s'en passe de bien bonnes dans nos campagnes !!!
Avant hier soir, comme de coutume, je fais un tour de jardin avant la nuit. Et là, mon attention est attirée par un merle au comportement étrange. Il ne fuit pas à mon approche et a même du mal à se tenir sur ses pattes. Je m'en approche à cinquante centimètres peut-être, et là, il s'éloigne un peu en titubant. Je m'en approche encore et là contrarié il pousse ses cris mais pas les "quic…quic… quic… quic…" nerveux auxquels je suis habitué. Non, ce serait plutôt du genre "hic… hic… hic…"
Je réalise alors que mon merle a mangé les pommes fermentées que j'avais triées. En fait, il est ivre !!!
Hier matin, lorsque je suis allé dans le jardin, je retrouve mon merle, il me regarde d'un drôle d'air… d'un regard un peu trop brillant, un peu agressif . Il était là sur une branche à peine à quelques centimètres de moi. Son œil me disait "Tu vois bien que je suis en manque, vite, mon premier verre !"
Je lui ai donc apporté ses trois pommes fermentées sur lesquelles il s'est précipité en piaillant de plaisir… et il devait être huit heures et demie du matin.
Hier soir, je suis passé dans mon jardin mais je ne l'ai pas vu, il doit cuver sous un arbre!!! Devrai-je essayer de le désintoxiquer ?
Ce matin, j'ai donc pris la ferme résolution de guérir mon merle de sa mauvaise habitude. J'arrive dans le jardin, il est là à attendre sa première dose d'alcool.
- Pas d'histoire, lui dis-je, je t'ai apporté des miettes de gâteaux. Tu n'as qu'à t'en remplir le ventre si tu ne veux pas mourir de faim.
Je vois alors son œil incrédule s'allumer. C'est comme s'il se marrait. Oser proposer un biscuit à quelqu'un qui attend son premier verre du matin ! D'ailleurs, je lis bien dans ses pensées… "Non, mais, tu te fous de moi ? Tu veux que je meure d'un excès de cholestérol ? Dis, c'est ce que tu cherches ?"
Bon, je reste calme, je ne veux pas me chicaner… mais j'ai bien envie de lui dire qu'en mangeant trop de gâteaux, c'est plutôt un excès de diabète qui le guette.
Je reste ferme, je lui laisse les biscuits bien en évidence et je rentre à la maison.
Ce soir, je retourne au jardin… pas de merle ! Je cherche un peu autour des arbres, il a disparu. C'est bien, me dis-je il doit maintenant se contenter d'une nourriture plus saine. J'ouvre la porte de la cabane… Horreur !!! Mon merle est là sur le bord du cageot de pommes. Il est venu se servir directement à la source… et il est tellement ivre qu'il dort, le bec ouvert… un filet de salive dégouline sur son plumage noir !!!!
Cette fois, je décide d'employer les grands moyens. Je le saisis délicatement mais il ne s'en aperçoit même pas. Je le place dans un carton que je place dans le coffre de ma voiture et je prends la direction la ville. Je décide de le déposer à la SPA.
Là, lorsque j'explique ce qui m'amène, les yeux de mes interlocuteurs s'allument aussi (un peu comme ceux de mon merle quand il est en manque).
- Ah, vous avez de la chance me dit une dame en blouse blanche. Justement monsieur Goasgoen est là. Comme il est vétérinaire, il va pouvoir s'occuper de votre oiseau.
Arrive un monsieur tout barbu qui se fait expliquer les raisons de ma visite.
- Un merle alcoolique ? Dit-il…. Je vais l'ausculter.
Il prend son stéthoscope. Souffle un peu sur les plumes et écoute les battements du cœur. Mon merle, lui, toujours ivre, dort toujours la tête pendue dans le vide.
- Oh, le cœur est bon, je pense que nous allons le garder en observation et dès qu'il ira mieux, nous le relâcherons. Je pense que vous êtes d'accord ?
- Naturellement dis-je… Mais vous comprenez bien que je ne pouvais laisser ce pauvre merle s'alcooliser comme cela, sans intervenir ?
- Ah, vous avez bien fait, monsieur me répond-il.
Et je lis dans ses yeux brillants à quel point il apprécie ma bonne action.
Lorsque je ressors sur le trottoir, j'ai tout de même un choc. Là devant moi, deux blouses blanches sortent d'une ambulance. Ils passent à ma hauteur… et entrent aussi dans les locaux de la SPA.
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30.08.2007
Les immortels des Monts d'Arrée fin de la première partie
Je m'appelle Simon D., j'ai dix ans. Ceci est mon journal secret, donc personne ne le lira jamais. J'ai décidé de l'écrire parce que cet hiver j'ai vécu une étrange histoire et comme un jour je serai écrivain, je préfère la noter pour ne pas l'oublier.
Voilà, elle a commencé aux alentours de Noël mil neuf cent quatre vingt dix neuf. Donc peu de temps avant le passage à l'an deux mille (je le précise parce que cette date est très importante pour la suite de l'histoire). A l'école nous préparions les décorations de Noël. Je pense que ça devait-être le dix huit ou le dix neuf décembre, le vingt c'était les vacances.
Tout le monde était silencieux dans notre classe unique, les petits comme les grands. Soudain, le petit Gwendal qui n'a que quatre ans et demi à levé le nez et a demandé tout fort à notre maître, monsieur Coz, en le regardant droit dans les yeux :
"- Vous êtes vieux, vous, hein monsieur ?
- Oh oui, a répondu le maître, c'est certain, je ne suis plus très jeune.
- Vous avez au moins cent ans ?
- Bien plus, mon petit, bien plus...
Et sans plus se soucier de l'âge de son maître, le petit Gwendal a poursuivi son dessin.
Le lendemain, à peine assis à sa place, Gwendal a levé le doigt.
- Oui, qu'y a-t-il ? lui a demandé le maître.
- Ma grand-mère m'a dit que ce n'était pas cent ans que vous aviez, monsieur, mais peut-être mille.
- Oh, comment a-t-elle deviné ? a répondu monsieur Coz.
Les plus grands souriaient persuadés que le maître faisait marcher le petit Gwendal mais il a poursuivi :
- Oui, je suis né il y a maintenant quatre mille ans environ, dans un camp celte, près d'un village que l'on appelle aujourd'hui Kérempeulven. D'ailleurs pour marquer ma naissance, mon père, qui était le chef de la tribu avait fait dresser un menhir qui existe toujours, même si plus personne ne se souvient de la raison pour laquelle il a été élevé.
- On élevait ainsi des menhirs à chaque naissance, monsieur ? demanda un grand qui commençait à s'intéresser à cette histoire.
- Oh non, a répondu le maître, c'était très exceptionnel, mais je te l'ai dit, j'étais le fils du chef. Il y en a un autre à Kerelcun, à proximité de la Feuillée. Celui là a également été érigé à la même époque pour célébrer la naissance d'une petite fille. Elle s'appelait Nolwen , elle aussi fille de chef.
D'ailleurs, si vous le voulez, je vais vous raconter comment nos destins se sont croisés à cette époque.
- Oh, oui monsieur, racontez, racontez… Mais, comment avez-vous fait pour vivre ainsi quatre mille ans ?
- Comme nous étions enfants de chefs, mon père et celui de Nolwen, avaient décidé de consulter les druides afin de nous rendre immortels. La cérémonie eut lieu en Juin, au cours de la nuit la plus courte de l'année. Nous nous sommes rendus au cœur de la montagne d'Arrée. En réalité, pas bien loin d'ici, à quelques distances du Mont St Michel. A l'époque naturellement, la chapelle n'existait pas. Il n'y avait rien qu'une immense montagne déserte couverte de landes.
Là, les druides ont opéré leur magie et concentré sur moi et sur Nolwenn, les forces de la nuit. Ce fut paraît-il une grande cérémonie.
- Comment s'est déroulée la cérémonie, monsieur ?
- ça je ne le sais pas, j'étais encore un tout petit enfant et je ne m'en rappelle plus. Ce que je sais par contre, c'est que les prêtres avaient mis en place une magie qui n'a pris son pouvoir que bien des années plus tard, le jour de mon mariage avec Nolwenn. J'avais grandi insouciant, ici même au cœur de cette montagne et puis un jour, ce fut le jour de notre mariage. La cérémonie eut lieu près de la fontaine magique de la forêt puis nous nous sommes rendus sur le point culminant pour implorer le ciel de nous apporter le bonheur et la force. C'est au retour, comme nous redescendions de la montagne, que tout est arrivé.
Tous les éléments du ciel se sont déchaînés brusquement. La pluie, le vent, la foudre, le tonnerre et même un tremblement de terre. Ce fut effroyable. Quand je me suis réveillé, j'étais seul. J'ai difficilement retrouvé mes esprits. Soudain, j'ai réalisé que toute la noce avait été changée en pierre. Chaque participant à notre mariage était devenu un rocher, comme ça sur place. Si bien que je pouvais encore reconnaître le cortège figé pour l'éternité.
D'ailleurs je vous y mènerai au printemps et vous verrez la noce de pierre est toujours là quelque quatre mille ans plus tard. Vous remarquerez aussi le sol fendu à l'endroit du tremblement de terre.
Une chose seule m'a intrigué, ma femme n'était pas changée en pierre mais elle avait disparu. Je n'ai jamais su ce qu'elle était devenue.
Et puis le temps a passé… passé… passé… passé… c'est comme ça que je me suis rendu compte que j'étais devenu immortel. aujourd'hui je suis maître d'école, demain je ne sais quelle sera ma profession… mais comme l'a deviné Gwendal, oui je suis vieux, je suis très vieux… et je me demande vraiment comment ta grand-mère sait cela ?
- Sa grand-mère, c'est bien connu, est une sorcière, précisa Luc, un grand du CM2.
- Mais non ma grand-mère n'est pas une sorcière, hurla Gwendal des larmes pleins les yeux.
- Mais non, Gwendal, ne t'énerve pas, ce n'est sans doute pas exactement ce que veut dire Luc.
- Si, si monsieur, je peux vous dire que c'est une sorcière. La preuve, c'est qu'elle prédit l'avenir et qu'elle soigne les maladies que les médecins n'arrivent même pas à soigner.
- Comment sais-tu tout ça ? demanda le maître.
- Je le sais parce que la semaine dernière mon grand-père qui souffre de rhumatismes à été la voir. Il ne pouvait plus faire un pas et maintenant ma grand-mère dit qu'il court comme un lapin.
- Et tu sais quel a été le traitement ? a demandé le maître.
- Oui a répondu Luc. Elle connaît un endroit secret. Là il y a un dolmen. Elle a demandé à mon grand-père de se mettre torse nu, elle l'a très longuement flagellé avec des orties et quand il a été couvert de cloques, elle l'a fait passer dix fois sous cette table de pierre en même temps qu'elle récitait des formules magiques. Le lendemain, il était guéri. Le plus étrange c'est que depuis, gravé dans la peau de son dos, il y a comme des lettres en relief. On dirait un "D" et un "L" plus ou moins entremêlés.
Le maître regardait Luc fixement comme s'il voulait savoir s'il disait bien la vérité. Il était devenu blême, ses mains tremblaient.
- Tu dis bien un "D" et un "L" Luc ? et des lettres entremêlées ?
- Oui monsieur, c'est ça, je crois…
- Ce n'est pas possible murmurait le maître, ces lettres sont les initiales du druide qui m'a rendu immortel… à chaque fois il signe ainsi sa magie. Mais alors ta grand-mère Gwendall serait… murmurait le maître, sans pouvoir terminer sa phrase. Soudain, des larmes se mirent à couler sur son visage ce qui le fit paraître encore beaucoup, beaucoup plus vieux.
Les petits demeuraient bouche ouverte, les grands eux, se regardaient à la dérobée et échangeaient des sourires se disant "mais qu'est ce qui lui arrive ? notre maître est-il devenu fou ?
L'air absent, semblant avoir oublié la présence de ses élèves, tout en parlant tout seul, le maître commença à se dévêtir. Devant les enfants de plus en plus effarés, il enleva son gilet de laine, défit sa cravate, ôta sa chemise et son tricot blanc.
Un malaise régnait dans la classe. Si nous avions osé, nous aurions fuis.
Quand il fut torse nu, il se tourna et nous montra son dos. C'était à peine pensable ! Comme gravé dans sa peau, ont devinait deux boursouflures, comme des cloques qui ne se seraient jamais résorbées. Elles dessinaient en relief sur sa peau deux lettres entremêlées : un "D" et un "L".
Là personne ne riait plus. Nous réalisions soudain que notre maître était réellement âgé de trois mille ou quatre mille ans !
"Où habite ta grand-mère Gwendal ?"
- Loin, lui répondit le petit.
- ça, ça m'aide ! a répondu le maître.
- A Quinoualarc'h a précisé Luc, c'est là que mon grand-père est allé se faire soigner.
- C'est là aussi qu'est enterré le druide qui m'a rendu immortel. Et il poursuivit, comme pour lui tout seul… "elle serait venue habiter dans ce village ? ..."
…..
Le lendemain, dernier après midi, avant les vacances, comme d'habitude, le père Noël de l'école a apporté quelques jouets aux petits, des livres et des friandises aux plus grands.
Monsieur Coz paraissait absent, il classait ses papiers, rangeait les armoires. Il ne s'occupait pas de nous si bien que nous en profitions un peu et même beaucoup… Quelques élèves couraient même, essayant de s'attraper autour des tables.
Une demi-heure avant le départ en vacances, le maître nous fit ranger la classe puis il nous demanda de nous asseoir et de l'écouter.
Quand le silence régna enfin, il nous dit exactement ceci :
" Les enfants, dans un instant vous allez partir. Là il me reste quelques minutes pour vous dire adieu et vous dire que vous avez été les élèves les plus courageux, les plus gentils et les plus attachants que j'ai jamais eu."
Un silence absolu, régnait cette fois dans la classe. Nous étions heureux et fiers que le maître nous adresse ces compliments si rares dans sa bouche. Il était même si content de nous qu'il en avait les yeux remplis de larmes. Quand il nous fit sortir, il se tourna même vers le tableau pour cacher son émotion.
Enfin, nous sommes partis, heureux, mais heureux...
La nuit de Noël mille neuf cent quatre vingt dix neuf, fut mémorable…
Il était peut-être vingt trois heures quand nous avons quitté la maison pour nous rendre à la chapelle du Mont Saint Michel où nous devions assister à la messe de minuit. Il fallait suivre une route étroite et sinueuse qui s'enfonce dans la montagne. Le vent soufflait déjà bien fort et la pluie claquait sur le pare-brise.
Mon père avait garé sa voiture presque au sommet du mont et nous nous sommes précipités à l'intérieur de la petite chapelle.
Là, une cinquantaine de personnes attendaient silencieuses que commence l'office. Il régnait une atmosphère bien étrange dans cette chapelle. Uniquement éclairée par les cierges qui brûlaient, des ombres démesurées dansaient en tous sens au gré des flammes ballottées par le vent qui s'engouffrait sous la porte. On pouvait suivre au travers des vitraux les déchirures bleues des éclairs qui barraient le ciel noir en tous sens.
Le hurlement continu du vent, les bourrasques de pluie sur le toit, le bruit assourdissant du tonnerre qui roulait sans interruption couvraient totalement la voix du prêtre qui poursuivait son office comme pour lui seul.
A un moment, j'ai dit à mes parents qu'il me fallait absolument sortir.
"- Tu ne peux pas te retenir et attendre un moment ? m'a demandé ma mère très contrariée.
- Non maman, je suis très très pressé….
- Tu es vraiment embêtant, tu vois le temps qu'il fait ? C'est très dangereux.
- Maman, je ne peux plus tenir, il faut que j'y aille…
- Bon, a-t-elle soupiré. Surtout ne t'éloigne pas de la chapelle, et reviens vite…"
Je suis sorti, c'était bien pire que ce que je pensais. Le souffle du vent faillit me jeter à terre en même temps que des trombes d'eau me trempaient.
Je contournais la chapelle de manière à rester à l'abri et je me dépêchais … comme me l'avait demandé ma mère !
Le spectacle était sublime… Les éclairs zébraient le ciel et se perdaient dans l'étang tout proche.
C'est alors que mon attention fut attirée par quelque chose d'inimaginable… Là, dans cette tempête affreuse, un couple, main dans la main, remontait la noce de pierres.
Soudain, j'ai réalisé que c'était mon maître qui donnait la main à une femme vêtue de blanc. On aurait dit une mariée. Lui, portait un habit sombre. Ils semblaient heureux et passaient d'une roche à l'autre. On aurait dit qu'ils s'adressaient à chacune d'elle, comme à des êtres vivants.
Et la foudre frappait autour d'eux de toutes parts mais ils semblaient calmes, sereins. Ils avançaient doucement. Alors qu'ils semblaient s'adresser au dernier invité une boule de feu les enveloppa et ils disparurent comme volatilisés. La bourrasque redoubla de violence. Je restai là impuissant, paralysé...
"- Mais que fais-tu là malheureux, tu vas te faire foudroyer !!! viens…"
Mon père m'a saisi la main et courbés sous les trombes d'eau nous avons regagné la voiture.
Je ne me souviens plus du trajet du retour, je ne pensais qu'au drame auquel je venais d'assister… mais le soir je n'ai rien dit…
Le lendemain matin, toutes les radios et la télé ne parlaient que de cet ouragan qui avait frappé en cette nuit de Noël. Lorsque je me suis levé, ma mère s'est tout de suite inquiétée de ma santé, craignant certainement que j'aie pris froid dans la nuit.
Je l'ai rassurée, j'étais en pleine forme… mais ce que j'avais surpris me perturbait énormément. Avais-je rêvé ?
"- Dis, maman, ai-je demandé, est-ce que le maître sera encore là, à la rentrée ?
- Oui, pourquoi ne serait-il pas ?
- Et si par hasard, il n'était pas là.
- ?… elle me jeta un regard interrogateur.
- Oui, admettons, dis-je qu'il ait été frappé par la foudre, alors qu'il se promenait dans la montagne, la nuit dernière.
Ma mère haussa les épaules et poursuivit son travail semblant agacée par mes propos.
- Oui, repris-je, c'est bien ce qui s'est passé pourtant. Il était en compagnie d'une femme. J'ai cru reconnaître la grand-mère de Gwendal, tu sais la "sorcière de Quinoualac'h". Ils se donnaient la main et caressaient toutes les roches de la noce de pierres. Quand ils sont arrivés au bout, la foudre les a frappés et ils ont été pulvérisés.
Ma mère devint blême, devant une telle révélation. Elle s'approcha et posa sa main sur mon front.
- Mon chéri, tu vas remonter te coucher me dit-elle. Nous nous sommes couchés bien trop tard hier soir. Et cette pluie qui t'a complètement trempé… Tu vas prendre ta température, mon petit…
- Mais, maman, lui dis-je, ça va très bien, ne t'inquiète pas. Tout ça je l'ai vu quand je suis sorti tout seul de la chapelle. Même que la sorcière était toute vêtue de blanc, comme une mariée. Ils semblaient heureux, heureux...
- Heureux... heureux… marmonnait ma mère… en attendant, tu vas vite monter te coucher. Quel médecin est de service aujourd'hui ?
A cet instant, mon père rentra dans la cuisine. Ma mère n'eut pas le temps de le mettre au courant de mon soi-disant délire, qu'il lui dit :
- Je viens d'en apprendre une bonne, Le maire a reçu une lettre de Monsieur Coz. Il lui annonce qu'il n'assurera pas la rentrée après le nouvel an.
A ces mots, ma mère se laissa tomber sur une chaise. Ses mains tremblaient.
- Il en a donné la raison, demanda ma mère ?
- C'est assez étrange a répondu mon père. Il a dit qu'il allait disparaître et qu'il était inutile de le rechercher. Il était peut-être déprimé, le pauvre...
Appelle la sorcière, à Quinoualarc'h, a dit ma mère.
Mon père l'a regardée d'un air étrange.
- Tu es malade ? Que t'arrive-t-il ?
- S'il te plaît, fais ce que je te demande, s'il te plaît, vite.
Mon père chercha le numéro de téléphone et appela.
Naturellement, il n'obtint pas de réponses.
- Appelle sa voisine, j'ai besoin de savoir.
- Mais savoir quoi ? Peux-tu m'expliquer ?
- Vite, s'il te plaît, s'il te plaît, vite...
Mon père s'exécuta. La voisine de la sorcière répondit mais au fur et à mesure qu'elle parlait mon père paraissait de plus en plus perturbé. Quand iI raccrocha, il semblait vraiment dans ses idées.
- Tu sais ce que je viens d'apprendre ? Elle aussi a disparu. Elle est passé faire ses adieux aux quelques personne qu'elle fréquentait. Quand on lui a demandé où elle partait, elle a dit qu'elle allait disparaître pour toujours.
Boum ! Ma mère s'est écroulée sur le sol !!!
Quel remue ménage, il fallut lui passer de l'eau froide sur le visage, lui tapoter les joues. Quand elle reprit un peu ses esprits, mon père voulut appeler le médecin mais elle a refusé :
Toi, disparais dans ta chambre m'a-t-elle dit
Mon père l'a regardée, interrogateur … mais moi, je me suis éclipsé discrètement.
Seul dans ma chambre, je réfléchissais encore au spectacle auquel j'avais assisté. Machinalement, plutôt pour m'occuper, je me mis à ranger mon cartable.
Mon attention fut soudain attirée par une petite boîte que je ne connaissais pas. Intrigué, je l'ouvris un peu brusquement. Quelque chose roula sur le sol. Je m'accroupis et ramassai une superbe bague.
- Ah, ça alors me dis-je, qui a pu glisser dans mon cartable ce superbe cadeau ?
Mon esprit vagabondait, passant en revue les filles de ma classe. Laquelle pouvait-être assez amoureuse de moi, pour m'offrir un tel bijou ?
Machinalement, je la passai à mon doigt. J'eus l'impression qu'elle se serrait pour s'adapter juste ma taille… et lorsqu'elle se fut serrée, comme frappé par la foudre, une onde électrique me traversa, violente, horrible. Je hurlai et bondis presque jusqu'au plafond puis me retrouvai assis par terre.La sueur coulait sur mon visage, je me sentais malade, j'avais envie de vomir… et je perdis connaissance.
Lorsque j'ouvris les yeux, je restais un long instant à récupérer et à rassembler mes idées. Mais que m'était-il donc arrivé ? Je n'osais pas toucher l'interrupteur et regardai autour de moi pour essayer de comprendre ce qui avait pu causer cette décharge. Un fil électrique traînait-il sur le sol ? Une odeur épouvantable de corne brûlée emplissait la chambre. Je me levai péniblement et ouvris la fenêtre pour aérer. Passant devant le miroir je poussai un cri en apercevant mon visage. Mes cheveux avaient fondu ! Il ne restait plus que quelques fils roussis et entortillés sur ma tête ! Je passai mes doigts et en retirai une poignée. J'étais atterré, anéanti. Je me laissai tomber sur mon lit, incapable même de penser.
C'est alors que mon attention fut attirée par un papier plié dans la boîte qui contenait la bague. Je le pris, le dépliai, les doigts tremblants. Je lus ces mot : "Pour toi, Simon". C'était l'écriture du maître.
"Simon,
J'ai su que tu allais être le seul à assister et à comprendre ce qui allait m'arriver.
Surtout n'en parle jamais à personne, même pas à tes parents, ils ne comprendraient pas, ça ne t'attirerait que des ennuis."
- Ah, ça, ça y est, les ennuis ont déjà commencé, est ce que je pouvais deviner, pensais-je… Je poursuivis ma lecture.
"Cette bague, est à toi. Elle te permettra d'accéder à l'immortalité. Mais, avant de la passer à ton doigt, réfléchis bien !"
- Réfléchis bien murmurai-je… ah ! oui ! Réfléchis bien… mais elle y est sur mon doigt !
Le cœur battant à se rompre je repris ma lecture.
"Fais très attention, cette bague est magique."
- Tiens ! Je ne m'en suis pas rendu compte !
" Lorsque tu l'auras passée à ton doigt, tu seras comme frappé par la foudre"
- Merci maître, de me le préciser, je ne m'en suis pas rendu compte.
" La décharge risque d'être assez violente, peut-être devrais-tu passer une visite médicale préalablement pour savoir si ton coeur peut suporter le choc"
- Il a résisté, il a résisté maître !
"Lorsque tu te réveilleras, tu constateras quelques petits inconvénients, des petites brûlures, tes cheveux et les poils de tes bras seront sans doute grillés, mais c'est peu de chose…"
- Peu de chose ? Ah, oui, peu de chose ?
Je me relevais pour me contempler à nouveau dans le miroir. Je passais une main sur mon crâne et j'enlevais les derniers cheveux qui restaient. J'étais chauve !!! Je me fis une grimace pour essayer de me faire rire, mais le cœur n'y était pas.
Je repris la lettre :
"… en comparaisons du prodigieux miracle qui se sera accompli. A cet instant tu seras devenu immortel. "
- Eh bien ! Eh bien ! murmurais-je, ne sachant si je devais être immensément heureux ou immensément malheureux.
Machinalement je lus la fin de la lettre :
"Tu devras beaucoup t'instruire et retransmettre toute notre culture. Lorsque les milliers d'années auront passé, et si tu te sens un jour las de vivre, il te faudra retrouver comme moi je l'ai fait, la princesse qui t'es destinée et gagner avec elle, la noce de pierres. Là tu as déjà assisté à la magie qui s'y déroule, ce sera la même pour vous. Prends garde tout de même avant, de choisir un successeur.
Adieu Simon, nous nous reverrons dans quelques milliers d'années sans doute mais je sais que tu es celui que je devais choisir.
Ton maître Monsieur Coz"
La lettre me tomba des mains. Je restai là absent, assis sur mon lit.
Combien de temps dura cette absence ? C'est un cri horrible que me sortit de mes songes... et un bruit sourd "boum".
Je me retournai. Pour la deuxième fois de la journée, ma mère venait de s'évanouir.
Je bondis et lui tapotai la joue pour la ranimer… Elle ouvrit les yeux et m'apercevant, elle poussa encore un cri et perdit à nouveau connaissance.
Je réalisai alors que c'était sûrement à cause de mon crâne chauve. Je me précipitai vers l'armoire et y prit un bonnet que j'enfonçai sur ma tête.
Il était temps, mon père attiré par tout ce vacarme, entrait juste dans ma chambre.
Apercevant ma mère allongée, il se précipita affolé.
- Mais que lui arrive-t-il aujourd'hui ? Oh, là, là, et regarde cette bosse énorme qu'elle s'est faite en tombant. Je vais chercher un peu de glace.
A genoux, les yeux remplis de larmes, je caressais le visage de ma mère. J'étais vraiment désolé de lui causer tant de soucis. Comme je passais la main sur la bosse, je la vis disparaître comme par miracle. Je réalisais que j'avais aussi hérité des pouvoirs magiques sans doute comme ceux que possédait la sorcière de Quinoualarc'h.
Lorsque que mon père s'agenouilla et chercha la bosse pour y placer les glaçons, je l'entendis murmurer…
- Mais, bon sens, je n'ai tout de même pas rêvé !
Ma mère revint à elle pour la deuxième fois et m'apercevant elle hurla :
- disparaît !!! Monstre ! Mais qu'est-ce que c'est que cet enfant ?
Allons, ma chérie, calme-toi, calme-toi, lui murmurait mon père en lui caressant le visage.
- Me calmer, hurlait toujours ma mère. Mais connais-tu la dernière invention de ton fils ?
Devant le silence de mon père elle poursuivit :
- Enlève-lui son bonnet et tu comprendras.
Mon père se tourna vers moi et souleva mon bonnet. M'apercevant le crâne complètement nu, il partit d'un fou rire affreux. Il en pleurait.
J'étais rouge de honte et ma mère hurlait de plus belle. Enfin, mon père se calma, il aida ma mère à se lever et lui dit :
- Viens, descendons, je vais t'expliquer.
Resté dans ma chambre, j'écoutais les explications de mon père.
- Ne t'inquiète pas disait-il, Simon est tellement admiratif des joueurs de foot qu'il se sera rasé le crâne comme son idole "Barthez"
- Et tu trouves ça bien ? répliqua ma mère.
- Non, mais ce n'est pas non plus une catastrophe. A cet âge, tu sais bien que l'on a ses idoles.
Bon, on va juste lui donner une punition et nous n'en reparlerons plus.
Simon ! Appela mon père. Viens !
Je descendis inquiet, qu'allait-on encore m'imposer comme punition ?
Mon père reprit, poursuivant son idée :
- Simon, regarde dans quel état tu as mis ta mère. Je sais que tu admires plus que tout ces joueurs de foot qui se rasent tous le crâne, mais ne penses-tu pas tout de même que tu pousses le bouchon un peu loin ? Crois-tu que tu seras meilleur gardien de but si tu es chauve ?
Te trouves-tu plus beau ainsi ? Si tu me promets de ne plus recommencer tes bêtises, je me contenterai d'une punition assez légère… disons que tu auras interdiction d'assister, si tu préfères "tu seras suspendu" pour cinq matchs
Et voilà, les ennuis continuaient ! Je n'avais rien demandé à personne et tout était de ma faute. Je bouillais d'indignation mais je restais silencieux sachant bien que personne ne pouvait me comprendre.
Mon père considéra mon silence comme un assentiment.
- Bien, dit-il, l'incident est clos. Remonte dans ta chambre, le temps que ta mère récupère. Et surtout, arrête de faire des bêtises, sans quoi je serai réellement obligé de me fâcher.
Je remontais donc dans ma chambre. En passant devant le miroir, je m'arrêtai et enlevai mon bonnet. J'observais longuement mon visage. Il n'avait pas changé. J'étais peut-être devenu immortel, mais j'avais pour l'instant toujours dix ans !
Note de l'auteur :
Depuis ces évènements , nous avons suivi le destin de Simon.
Ses cheveux ont repoussé mais ils ont pris la couleur de la cendre et ils sont crépus, ce qui lui donne un charme incontestable. Comme c'est déjà un garçon grand, fort et intelligent (immortel aussi mais cela nul ne le sait) toutes les filles sont amoureuses de lui. Ceci l'embarrasse fort, parce qu'il sait que la seule qu'il devra épouser est une princesse immortelle dont lui a parlé son maître. Mais où la trouver ? Existe-t-elle réellement ?
Sa culture concernant la science druidique ne cesse de progresser. Il a même construit un cromlech et la foule se presse aux solstices d'été et d'hiver pour assister aux cérémonies qu'il préside.
Sa mère est finalement en admiration devant l'exceptionnelle intelligence de son fils. Elle craint malgré tout ses fantaisies comme le jour où il a quitté la maison en longue robe blanche (comme elle ne savait pas encore qu'il présidait la cérémonie du solstice de Juin 2003, elle s'est un moment demandée s'il ne perdait pas la raison.)
Nous nous engageons à vous tenir au courant des évolutions importantes de l'histoire personnelle de Simon… mais ceci, nous en sommes bien conscients, ne peut être qu'un apport infime, en comparaison de la durée de vie éternelle de ce héros.
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25.03.2007
Les contes à l'heure... du GPS !
Vous trouverez sous les photos dans l'album les coordonnées des lieux décrits dans "Les fontaines magiques"
Le menhir, le petit pont de pierre sur la rivière d'Argent, le puits dans la forêt...
Euhh... Je donne ces coordonnées sans garanties, j'espère qu'elles ne sont pas fausses !!! Restez prudents
09:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes
10.03.2007
Les fontaines magiques...
L'année scolaire tirait à sa fin. Nous suivions le chemin sinueux qui longe un canal sous la voûte vert tendre des feuilles de hêtres qui venaient d'apparaître. Notre maître nous avait dit que c'était le printemps. Je me souviens de la tiédeur de l'air et du parfum des milliers de jacinthes des bois au milieu desquelles nous cheminions.
Nous étions tout simplement heureux.
A un moment, nous nous sommes approchés de la rivière d’argent qui s’élargissait à cet endroit.
En cette saison l’eau n’est pas très profonde. Le maître nous autorisa donc à nous déchausser et à y jouer. Après quelques instants de jeux, nous découvrîmes au fond de l'eau sombre, légèrement cachées par un peu de sable, plusieurs pièces de monnaie. Nous étions au comble du bonheur, nous avions trouvé un trésor.
Excités, nous passions et repassions nos doigts, grattant le sable, remuant la vase. L'eau de la mare devenue bien sale ne nous permettait plus de voir le fond mais nous ramenions toujours des pièces. Plusieurs paraissaient très anciennes.
Intrigué par notre agitation, notre maître nous demanda :
- Que se passe-t-il les enfants ?
- Nous avons trouvé un trésor, monsieur. Regardez !
Cette découverte ne sembla pas du tout l'enchanter. Son visage se referma, il paraissait soucieux.
Il marmonnait entre ses dents :
- Oh là, là… je n'aurais jamais dû les amener ici… que va-t-il nous arriver maintenant…
Écoutez, les enfants, nous dit-il soudain, vous allez sortir de l'eau et vous asseoir. Je vais vous raconter ce que je sais de cette mare magique.
Lorsque nous fûmes tous installés en demi-cercle autour de lui, il commença :
- Vous ne le savez sans doute pas, nous dit-il, mais cette mare s'appelle la mare aux fées. Elle est connue par les gens du pays pour ses pouvoirs magiques.
Depuis toujours, les jeunes filles qui craignent de ne pouvoir trouver un mari y viennent durant les chauds après-midi de mai. Elles doivent poser très délicatement sur l'eau une pièce. Je vous dis bien, très délicatement, parce que la pièce doit pouvoir flotter pendant au moins une minute avant de couler. Si non le vœu ne peut se réaliser. De plus elle ne prend son pouvoir magique que si la scène se passe pendant le chant du coucou. Inutile de vous dire que ce n'est pas si facile d'obtenir les faveurs de la fée de la forêt. Si la pièce a peu de valeur, la jeune fille peut espérer épouser un ouvrier ou un paysan. Si la pièce est en argent ou en or, elle pourra attirer l'attention et épouser un homme très riche, voire un prince ou un roi.
Le nombre de pièces que vous venez d'y trouver montre bien qu'il ne s'agit pas d'une légende et que ce que je vous raconte est parfaitement vrai !
- Mais, monsieur, il y a une fortune dans cette mare. Pourquoi les gens ne viennent-ils pas récupérer tout cet argent ?
- Tout simplement parce les pièces restent ensorcelées. Elles gardent leur pouvoir. C'est à dire que si tu gardes une pièce et que tu croises par hasard la personne à qui elle appartenait, celle-ci tombe immédiatement amoureuse de toi. Vous comprenez que ceci peut avoir des conséquences assez dramatiques et personne n'ose s'y risquer.
Écoutez, il me semble déjà entendre une rumeur. Je pense que tous les ménages que vous venez de défaire, ont déjà commencé à se disputer. D'ici peu toutes les femmes à qui ont appartenu les pièces que vous possédez vont arriver attirées par leur pouvoir magique.
Nous étions consternés. Il fallait bien se rendre à l'évidence, nous devions remettre notre trésor dans l'eau, afin d'éviter une catastrophe. Ce que nous fîmes à contre cœur.
Le maître nous consola tout de même en nous disant que nous étions malgré tout en possession d'un secret qui nous servirait peut-être un jour.
Nous nous sommes ensuite rangés par deux et nous avons repris le chemin de l'école.
Comme nous cheminions en silence, encore perturbés par ce que nous venions de découvrir, Loïc, le camarade avec lequel j'étais rangé, me montra discrètement une pièce qu'il venait de sortir de sa poche.
J'en restais complètement abasourdi. Il avait osé conserver une pièce de la mare aux fées.
- Mais tu es fou, lui dis-je, tu as entendu ce qu'a dit le maître ?
- Tout ça c'est des histoires ! J'ai trouvé cette pièce je la garde !
Le soir, le cartable sur le dos, nous rentrions à la maison. Loïc se moquait de nous, nous disant que nous avions été complètement idiot de croire à ce que le maître nous avait raconté et que non seulement il avait gardé une pièce mais il nous dit qu’il retournerait le soir ou le lendemain afin de récupérer toutes celles qui se trouvaient encore dans la mare.
- Il y a un véritable trésor là dedans nous dit-il.
- Oui, mais si le maître avait raison…
Nous n'eûmes pas le temps de finir notre phrase que se produisit l’impensable.
Une femme très âgée, toute ridée, vêtue de noir qui se reposait, assise au bas d'un talus, les pieds dans le fossé et que nous n'avions même pas remarquée, tendit soudain la main vers Loïc en s'exclamant :
- Veux-tu me donner la main mon chéri et m'aider à regagner ma maison ?
Ces mots firent l'effet d'une décharge électrique. Loïc prit ses jambes à son cou en hurlant "débrouille toi toute seule ! vieille sorcière !"
Nous le suivîmes en courant. Nous nous séparâmes peu de temps après, très perturbés et inquiets.
Le maître avait dit vrai et Loïc se trouvait maintenant dans une situation épouvantable. Il était lié par un sort à une femme âgée d'au moins quatre vingts ans.
Le lendemain matin, sur la cour de l’école, comme je racontais à quelques camarades ce que nous avions vécu la veille au soir, nous eûmes la surprise de voir apparaître madame Pesmarc’h, la mère de Loïc. Sans se soucier du regard de tous les enfants posé sur elle, elle traversa la cour et se dirigea vers le groupe des maîtres. Son fils suivait, le nez baissé, le visage fermé. Elle sortit de la poche de sa grande blouse noire, une pièce qu'elle tendit au maître. L'air fort mécontente, elle parlait, parlait, parlait… les maîtres écoutaient sans rien dire, ils semblaient bien embarrassés.
Enfin elle s'éloigna en prononçant ces quelques mots :
- Je suis affolée monsieur, vous comprenez.
- Ne vous inquiétez pas madame, répondit notre maître, monsieur Kerdû. Nous ferons notre possible pour régler cette affaire."
Dès que madame Pesmarc'h eut quitté l'école, nous nous rangeâmes par deux devant la porte de la classe. Nous avançâmes en silence. En passant devant les instituteurs qui discutaient, nous pûmes entendre ces quelques paroles :
- Nous voilà bien maintenant avec cette histoire, disait notre maître.
- Oui, je me demande comment tu vas régler tout ça ? lui répondit son collègue.
- Je ne sais pas.
- Tu pourrais peut-être glisser cette fameuse pièce dans le tronc !
- Oui, ce serait une bonne idée, répondit monsieur Kerdû, les yeux brillants. "Scandale et désarroi chez les grenouilles de bénitier", ça mettrait un peu de vie dans le bourg...
Le maître referma la porte, nous sentions bien que l'orage approchait.
Dès que nous fûmes assis, il s'adressa à nous de façon solennelle, en posant la pièce sur le bureau.
- Inutile de vous dire, les enfants, que nous sommes dans une situation catastrophique ! Vous devinez tous déjà, je pense, la raison de la visite de la maman de votre camarade Loïc. Il n'a pas pris au sérieux mes recommandations. Il a pensé qu'il pouvait impunément faire le malin et conserver cette pièce trouvée dans la fontaine magique.
Résultat, hier soir alors qu'il rentrait à la maison, la vieille Marie Troadicam que vous connaissez tous, lui a demandé sa main. Loïc a fui en insultant la pauvre Marie qui s'est immédiatement rendue chez ses parents.
L'affaire en est là.
Il examina la pièce, la soupesa. Il lut les inscriptions qu'elle portait. « Louis Napoléon III empereur des français 1868 ». Vue l'âge de Marie Troadicam, cette pièce pourrait bien lui appartenir. Et maintenant, elle est amoureuse de votre camarade et veut l'épouser !
Vous avez tous constaté le désarroi de sa mère qui est venue me conter l'affaire. Elle exige que nous réglions au plus vite cette fâcheuse histoire. Seulement, ce n'est pas aussi simple maintenant que la magie a fait son effet.
- Peut-être que lorsqu'il l'embrassera elle se transformera en jolie princesse, dit une voix qui venait du fond de la classe.
- ça, c'est très possible, reprit le maître mais prendras-tu Loïc, le risque d'essayer ?
Le pauvre Loïc, rouge de confusion, n'osait lever le nez.
Le maître se frottait le menton.
- Mais monsieur, si c’est une pièce en argent, Marie Troadicam devrait être une princesse et non pas une mendiante.
- Tu viens de faire une découverte importante, répondit le maître. Malgré ses apparences de misère, Marie est sûrement très riche. Sachant cela, notre camarade Loïc est peut-être disposé à épouser cette princesse ?
Mais Loïc conservait son air renfrogné. Le maître comprit qu’il n’était pas d’accord.
- Peut-être qu’un autre parmi vous serait intéressé et souhaiterait épouser cette princesse ? Il suffirait qu'il prenne la pièce et rende visite à la vieille dame. Cela arrangerait bien nos problèmes parce que je ne vois pas comment il me sera possible de défaire le sort qui lie Loïc et Marie.
Dans un silence angoissant, il nous regarda tous, les uns après les autres. Nous n'osions affronter son regard et baissions le nez, regardant fixement notre pupitre. Aucun d’entre nous ne désirait épouser cette vieille femme de quatre vingts ans, même si c'était une princesse immensément riche !
- Bon dit-il, il va falloir plonger dans les livres pour trouver une solution.
Il se dirigea vers la vieille armoire au fond de la classe, s’agenouilla et sortit une pile de livres jaunis qu'il posa ensuite sur le bureau.
Il lut quelques titres en les déplaçant :
Vie quotidienne en Bretagne dans l'ancien temps ; les lutins de la forêt de Huelgoat ; "Secrets des fontaines magiques en Bretagne à l'usage des maîtres d'école" Tiens j'avais oublié que je l'avais celui là, peut-être y trouverons nous ce qu'il nous faut.
Il consulta la table des matières et lut :
"Fontaine de Restidiou à l'usage des enfants dissipés. Fontaine de Goasgwen à l'usage des faibles en calcul ; Il y en avait plein une page ! Pour guérir les paresseux ; les bagarreurs… "Mais, c'est un véritable trésor ce livre là, murmurait notre maître. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt. La semaine prochaine, quand nous aurons réglé le problème qui nous préoccupe, nous irons baigner quelques uns d'entre-vous dans les fontaines appropriées. Avant les contrôles de fin d'année, ce traitement ne pourra vous faire que du bien.
Malheureusement, il n'y a rien, dans ce livre, en ce qui concerne notre affaire.
- C'est normal, monsieur, lui fit remarquer Cozic, le mariage ne concerne pas les enfants.
- Suis-je bête, dit le maître. Je suis tellement perturbé par cette histoire, je ne sais plus ce que je raconte.
Il reprit sa pile de livres mais sans plus de résultats. Nous étions tous consternés.
La journée passa ainsi sans plus de résultats.
Le soir nous rentrâmes encore ensemble, Loïc et moi. Il ne parlait pas. Il paraissait malade tant il était blême. Nous fîmes un long détour par la Roche Cintrée pour ne pas passer à proximité de la maison de Marie Troadicam.
Lorsque nous nous séparâmes, nous nous regardâmes un bref instant dans les yeux mais j'eus le temps d'y lire un immense désespoir.
Le lendemain matin, sur la cour de l'école les conversations étaient toujours les mêmes.
Lorsque Loïc arriva, nous constatâmes que son visage était couvert de boutons.
Il nous dit qu'il s'était réveillé comme cela et que sa mère lui avait dit que c'était probablement nerveux.
Nous rentrâmes en classe, le maître paraissait toujours très soucieux.
- Je n'ai rien trouvé mon pauvre Loïc dit-il. Je ne sais pas comment te défaire du sort qui t'accable. J'ai passé la nuit à consulter mes livres, mais je n'ai rien trouvé.
Loïc était effondré. Des larmes coulaient sur son visage. Nous étions tous silencieux, nous partagions sa peine.
C'est alors que Jean Marie leva le doigt :
- Monsieur dit-il, j'ai parlé de notre problème à la maison. Mon grand-père qui est sabotier dans la forêt m'a dit qu'il avait déjà rencontré cette situation lorsqu'il était à l'école.
- Ah, oui, dit le maître, j'aurai dû penser plus tôt à ton grand-père. C'est vrai que c'est un homme des bois. Il doit tout connaître concernant les pouvoirs des sorcières, des fées et des lutins. Il est notre dernière chance, s'il ne peut rien, il ne nous restera plus qu'à célébrer le mariage de Loïc et de Marie.
L'après midi nous cheminions, en rang par deux en direction du camp D'Artus. Un ancien camp d'origine gauloise situé en plein cœur de la forêt. C'est là que Guillaume Pen Caled , le grand-père de Jean-Marie vivait et travaillait.
Le soleil perçait au travers du feuillage vert tendre des hêtres. L'air était doux, la nature magnifique. Nous étions heureux. Seul le maître paraissait toujours soucieux. Il suivait, loin derrière, sans même s'occuper de ses élèves.
Nous pénétrâmes dans le camp d'Artus, et soudain nous découvrîmes une hutte de branchages de laquelle s'échappait une fumée bleutée. C'était la maison de Guillaume.
Nous nous approchâmes de la porte et nous vîmes le vieil homme, assis sur un tabouret à trois pieds, face à la cheminée. Quand il nous aperçut, il se leva et vint sur le pas de la porte, en s'appuyant sur un bâton qui lui servait de canne. Le maître demanda s'il pouvait lui parler.
- Entrez, dit-il.
Mais avant de pénétrer dans sa hutte, le maître nous rassembla.
- Écoutez, les enfants, je vais être obligé de vous faire
confiance et de vous laisser sans surveillance pendant un long moment. Le temps d'expliquer notre mésaventure au grand-père de Jean-Marie. Vous pouvez vous amuser. Les remparts qui entourent le camp sont les limites de votre terrain de jeux.
Naturellement, nous promîmes de ne pas faire de bêtises, puis nous nous organisâmes en deux camps. Les gaulois tenaient un promontoire en terre de plusieurs mètres de haut et les romains attaquaient sans discontinuer de tous les côtés. Nous ne vîmes pas les heures passer. Lorsque le maître nous rassembla avant de reprendre le chemin de l'école, nous étions épuisés.
Le maître semblait avoir retrouvé sa bonne humeur.
- Rangez vous vite, les enfants nous dit-il, nous allons être en retard.
En chemin il nous dit que Guillaume lui avait révélé la façon de désensorceler la pièce.
- Je vous expliquerai tout cela demain, amenez tous un pique nique. Nous partons pour la journée. Pourvu qu'il fasse beau.
Le lendemain matin, nous prîmes encore une fois le chemin de la forêt. Chacun portait son pique nique et nous cheminions par deux.
Nous suivîmes l'allée Violette puis l'allée du Clair Ruisseau jusqu'au "Pont Gwenn". Là le maître nous fit asseoir en demi-cercle puis il nous expliqua la première opération à effectuer.
- Cette pierre plate qui enjambe la rivière est très très ancienne. Guillaume m'a dit qu'en son milieu nous devions découvrir une croix gravée. Il m'a précisé que Loïc devait faire rouler la pièce sur cette croix du haut en bas, puis de droite à gauche en répétant mentalement "Pièce magique désensorcelle toi ".
Tu es prêt pour cette opération Loïc ? Va voir si la croix s'y trouve, puis concentre toi bien et applique toi. C'est notre dernière chance, il faut que nous réussissions.
A genoux sur la pierre, Loïc très concentré effectua consciencieusement, ce que le maître lui avait dit de faire, puis il revint vers nous. Il était pâle et la sueur coulait sur son front.
- C'est affreux nous dit-il, je sentais que la pièce voulait s'échapper. J'ai dû la retenir de toutes mes forces.
- C'est plutôt bon signe lui répondit le maître. Cela veut dire qu'elle ne veut pas perdre son pouvoir magique. Continuons, nous devons maintenant nous rendre au menhir de Kérempeulven.
Nous poursuivîmes donc notre chemin. Nous traversâmes le petit ruisseau de Restidiou et par des chemins creux, nous atteignîmes le menhir. C'était une pierre dressée d'au moins cinq à six mètres de haut. Le maître nous dit que son histoire remontait à deux ou trois mille ans et que c'était aussi un lieu magique.
- Loïc, c'est maintenant le moment de la deuxième opération. Tu dois, toujours en serrant bien fort la pièce dans ta main, faire trois fois le tour de ce menhir. Reste très concentré et pendant que tu tournes autour du menhir, répète mentalement, sans arrêt, "pièce, ta magie est finie". Tu as bien compris ? Alors vas-y.
Loïc encore une fois fit ce que le maître lui avait demandé. Il transpirait encore plus que la première fois. La main qui serrait la pièce tremblait. Quand il eut terminé ses trois tours, il put à peine ouvrir ses doigts tant ils étaient tétanisés.
- C'est de plus en plus affreux nous dit-il. J'ai cru qu'elle allait briser mes doigts pour s'échapper. Il nous montra les profondes marques que la pièce avait creusées dans sa main.
- Voilà deux opérations de faites nous dit le maître. Passons à la troisième. Maintenant les enfants, vous allez bien écouter. Je vais vous montrer un endroit secret. Il s'agit d'une source magique qui sort d'une immense roche grande comme une maison. D'après Guillaume, le grand-père de votre camarade, c'est la fée de la forêt qui l'aurait fait jaillir d'un coup de sa baguette magique. On y voit d'ailleurs l'endroit où elle a frappé.
Nous reprîmes notre chemin excités à l'idée de découvrir cette fameuse fontaine secrète.
Enfin une immense roche couverte en partie de mousse nous apparut au travers des branchages. Nous nous approchâmes et découvrîmes qu'effectivement, en son milieu, à environ un mètre du sol, coulait sans discontinuer un filet d'eau. C'était comme si elle pleurait. Nous étions à la fois émerveillés et inquiets.
- Avant dernière opération précisa le maître. Loïc tu vas passer la pièce sous cette eau qui doit emporter tout son pouvoir. Il faut la frotter longtemps en te répétant toujours "pièce, ta magie est finie".
Loïc s'exécuta une nouvelle fois. Concentré, il frottait vigoureusement la pièce en la maintenant sous l'eau. Ses mains rougissaient et on voyait bien qu'il souffrait beaucoup.
- C'est bon Loïc dit soudain le maître, regarde ta pièce.
- Elle ne brille plus monsieur.
Effectivement elle était devenue totalement terne, elle avait perdu son éclat.
- Parfait, parfait murmurait le maître en se frottant les mains de satisfaction. C'est la preuve qu'elle a perdu son pouvoir. Il ne reste plus qu'à passer à la dernière opération et nous serons définitivement débarrassés de cette pièce maudite. Nous devons la remettre maintenant à Guillaume qui m'a promis de lui ôter définitivement sa force maléfique. Allons y.
Cette fois nous marchions heureux, nous touchions au but. Le maître chantonnait en nous suivant.
Nous gagnâmes le camp d'Artus, Guillaume nous attendait devant sa hutte.
- Alors ? demanda-t-il un peu inquiet.
- Je pense que nous avons réussi, répondit le maître. Regardez la pièce.
Le vieil homme la prit dans ses mains qui tremblaient. Il l'observa très attentivement.
- Oui, dit-il, je pense que c'est bon. Je vais procéder à la dernière opération. Suivez moi.
Nous marchâmes un long moment en file indienne. Nous passions sous d'immenses fougères bien plus hautes que nous. Nous zigzaguions et nous ne savions pas où nous étions.
Enfin nous arrivâmes devant un trou circulaire qui marquait l'ouverture d'un puits au ras du sol.
-Attention nous dit-il, ne vous en approchez pas. Je pense que ce puits va jusqu'au centre de la terre. Si vous disparaissez dedans on ne vous trouvera jamais plus. C'est là que se cachent tous les esprits de la forêt.
Nous nous tînmes donc à bonne distance du puits. Lui s'en approcha. Il prit la pièce entre deux doigts. Il la regarda longuement et lui parla. Il ferma ensuite les yeux et se concentra. Il semblait réciter des prières. Silencieux nous l'observions. Enfin, il ouvrit les yeux et jeta la pièce dans le puits.
- Voilà, nous dit-il, elle ne perturbera plus votre vie.
- Merci beaucoup Guillaume, vous nous avez sauvés, lui dit notre maître.
- Ce n'est rien, ce n'est rien, répondit Guillaume.
Nous regagnâmes l'école, tout le monde était heureux.
Quelques jours plus tard, la maman de Loïc nous apporta un énorme far breton afin de nous remercier de notre efficacité.
Quelques temps après, début Juin, je crois, Jean-Marie nous annonça une étrange nouvelle.
Son grand-père venait de se mettre en ménage et vivait maintenant dans sa hutte avec la vieille Marie Troadicam. Guillaume avait-il attiré sur lui le pouvoir de la pièce magique ? Si on en croit la légende, ils n'eurent jamais d'enfants.
09:35 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : contes, écoles
02.02.2007
le chien
Le chien
Je viens d'acheter un jeune chien, un boxer. Je ne sais si tu connais cette race de chien trapu. Il est adorable, avec son museau noir un peu frisé. Les enfants l'ont baptisé "Fridu", il paraît que cela signifie "nez noir" en breton. Je l'ai installé dans une boîte dans la cuisine. Il a l'air parfaitement heureux. Ce sera une compagnie lorsque je m'occuperai de "ma ferme".
Le 20-03
Je suis obligé de me lever de plus en plus tôt. Le temps de promener le chien, de nourrir la chèvre…
Tu sais, le chien adore les enfants et joue avec eux sur la cour. L'embêtant c'est qu'il a déjà crevé deux ou trois ballons. Les élèves ne le supportent pas trop non plus quand ils jouent à cache-cache parce qu'avec son flair, il a vite fait de les trouver !
10-05
Mon chien est presque adulte. C'est terrible ce que l'on peut changer à l'adolescence tout de même, tant physiquement que du point de vue du caractère. Imagine bien, j'avais acheté un boxer… mais là, il se transforme un peu plus chaque jour en… chien de chasse ! Jusqu'à ses quatre mois, un ange, d'une fidélité extraordinaire et là brusquement, monsieur s'est mis à vadrouiller. C'est bien simple, il rentre juste pour les repas, et encore…
Mardi 01-06
Je t'avais dit sur une précédente lettre que mon boxer se transformait en chien de chasse ! Écoute un peu :
Après le repas de midi, juste avant de rentrer en classe nous étions sur la cour et, soudain, j'entends des cris. Les enfants viennent vers moi, tout énervés.
Monsieur, me disent-ils, Fridu viens de rentrer… avec un lapin au travers de la gueule !
Hein ?
Oui, il s'est installé au bout du bâtiment, il essaie de le manger !
Je cours, je me précipite et effectivement je découvre monsieur, couché, un lapin mort entre les pattes. Il le mâchouille et le lèche. Et le plus fort, c'est qu'il a déjà réussi à lui enlever la peau ! Il me regarde satisfait de son travail !
Entouré de tous les enfants de l'école, je saisis le lapin et le soulève. Lui, saute pour essayer de mordre la queue, prenant cela pour un jeu. Je lui donnerai bien des coups tellement je suis contrarié mais je pense que ça ne servirait à rien. Et puis, j'aurais l'air malin devant les enfants
Comme j'arrive au milieu de la cour, j'entends des cris. Je me retourne et j'aperçois, la vieille Marie Penhoat qui, rouge de colère, franchit le portail. Ses maigres jambes flottant dans d'immenses bottes noires, s'appuyant sur une canne de sa fabrication, elle se dirige sans hésiter vers nous. Que dire?
Je savais que c'était ton chien ! Me dit-elle. J'en étais certaine ! Je tue mon lapin, je le suspends, je commence à lui enlever la peau… Je me rends compte que j'ai oublié une assiette pour le mettre… Je rentre dans la maison, je ressors, mon lapin a disparu ! Heureusement j'ai tout de suite pensé à ton bandit de chien parce que je le vois tous les jours rôder autour de chez moi !
Excuse-moi, Marie, je vais te payer ton lapin.
Mais, non, me répond-elle c'est bon, je vais le laver un peu avec du vinaigre parce que quand même, ton animal a bavé dessus et l'a traîné par terre. Mais il n'est pas trop esquinté, je vais le cuisiner et pour ta punition, monsieur le maître d'école, je t'invite à manger dimanche midi chez moi.
Euuhhh… dimanche midi ?
Allons, ne sois pas gêné, si je t'invite c'est parce que je ne t'en veux pas. Ce n'est pas une énorme catastrophe mais tu devrais tout de même garder ton chien attaché, tu vas finir par avoir des ennuis.
Et Marie sans plus attendre quitte la cour de l'école tenant son lapin aux trois quarts dépouillé à bout de bras.
Je n'ai pas le temps de retrouver mes esprits que tous les élèves de l'école m'entourent et me disent :
Vous pensez aller manger dimanche, chez Marie, monsieur ?
Ben… oui…
N'y allez pas, c'est une sorcière elle va vous empoisonner.
Ne dis donc pas de bêtises, Nicolas.
Si, si, si, reprennent dix voix en même temps. C'est vraiment une sorcière, si elle ne vous empoisonne pas, elle vous jette un sort.
Elle peut même vous obliger à vous marier avec elle ! Dit Blandine.
Qu'est-ce que tu racontes ?
La vérité, Monsieur ! Oui, oui ! Il y a de cela un an, elle avait invité








