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25.03.2007

Les contes à l'heure... du GPS !

Vous trouverez sous les photos dans l'album les coordonnées des lieux décrits dans "Les fontaines magiques"

Le menhir, le petit pont de pierre sur la rivière d'Argent, le puits dans la forêt...

Euhh... Je donne ces coordonnées sans garanties, j'espère qu'elles ne sont pas fausses !!! Restez prudents

10.03.2007

Les fontaines magiques...

L'année scolaire tirait à sa fin. Nous suivions le chemin sinueux qui longe un canal sous la voûte vert tendre des feuilles de hêtres qui venaient d'apparaître. Notre maître nous avait dit que c'était le printemps. Je me souviens de la tiédeur de l'air et du parfum des milliers de jacinthes des bois au milieu desquelles nous cheminions.
Nous étions tout simplement heureux.

A un moment, nous nous sommes approchés de la rivière d’argent qui s’élargissait à cet endroit.
En cette saison l’eau n’est pas très profonde. Le maître nous autorisa donc à nous déchausser et à y jouer. Après quelques instants de jeux, nous découvrîmes au fond de l'eau sombre, légèrement cachées par un peu de sable, plusieurs pièces de monnaie. Nous étions au comble du bonheur, nous avions trouvé un trésor.
Excités, nous passions et repassions nos doigts, grattant le sable, remuant la vase. L'eau de la mare devenue bien sale ne nous permettait plus de voir le fond mais nous ramenions toujours des pièces. Plusieurs paraissaient très anciennes.
Intrigué par notre agitation, notre maître nous demanda :
- Que se passe-t-il les enfants ?
- Nous avons trouvé un trésor, monsieur. Regardez !
Cette découverte ne sembla pas du tout l'enchanter. Son visage se referma, il paraissait soucieux.

Il marmonnait entre ses dents :
- Oh là, là… je n'aurais jamais dû les amener ici… que va-t-il nous arriver maintenant…
Écoutez, les enfants, nous dit-il soudain, vous allez sortir de l'eau et vous asseoir. Je vais vous raconter ce que je sais de cette mare magique.
Lorsque nous fûmes tous installés en demi-cercle autour de lui, il commença :
- Vous ne le savez sans doute pas, nous dit-il, mais cette mare s'appelle la mare aux fées. Elle est connue par les gens du pays pour ses pouvoirs magiques.
Depuis toujours, les jeunes filles qui craignent de ne pouvoir trouver un mari y viennent durant les chauds après-midi de mai. Elles doivent poser très délicatement sur l'eau une pièce. Je vous dis bien, très délicatement, parce que la pièce doit pouvoir flotter pendant au moins une minute avant de couler. Si non le vœu ne peut se réaliser. De plus elle ne prend son pouvoir magique que si la scène se passe pendant le chant du coucou. Inutile de vous dire que ce n'est pas si facile d'obtenir les faveurs de la fée de la forêt. Si la pièce a peu de valeur, la jeune fille peut espérer épouser un ouvrier ou un paysan. Si la pièce est en argent ou en or, elle pourra attirer l'attention et épouser un homme très riche, voire un prince ou un roi.
Le nombre de pièces que vous venez d'y trouver montre bien qu'il ne s'agit pas d'une légende et que ce que je vous raconte est parfaitement vrai !
- Mais, monsieur, il y a une fortune dans cette mare. Pourquoi les gens ne viennent-ils pas récupérer tout cet argent ?
- Tout simplement parce les pièces restent ensorcelées. Elles gardent leur pouvoir. C'est à dire que si tu gardes une pièce et que tu croises par hasard la personne à qui elle appartenait, celle-ci tombe immédiatement amoureuse de toi. Vous comprenez que ceci peut avoir des conséquences assez dramatiques et personne n'ose s'y risquer.
Écoutez, il me semble déjà entendre une rumeur. Je pense que tous les ménages que vous venez de défaire, ont déjà commencé à se disputer. D'ici peu toutes les femmes à qui ont appartenu les pièces que vous possédez vont arriver attirées par leur pouvoir magique.
Nous étions consternés. Il fallait bien se rendre à l'évidence, nous devions remettre notre trésor dans l'eau, afin d'éviter une catastrophe. Ce que nous fîmes à contre cœur.
Le maître nous consola tout de même en nous disant que nous étions malgré tout en possession d'un secret qui nous servirait peut-être un jour.
Nous nous sommes ensuite rangés par deux et nous avons repris le chemin de l'école.
Comme nous cheminions en silence, encore perturbés par ce que nous venions de découvrir, Loïc, le camarade avec lequel j'étais rangé, me montra discrètement une pièce qu'il venait de sortir de sa poche.
J'en restais complètement abasourdi. Il avait osé conserver une pièce de la mare aux fées.
- Mais tu es fou, lui dis-je, tu as entendu ce qu'a dit le maître ?
- Tout ça c'est des histoires ! J'ai trouvé cette pièce je la garde !

Le soir, le cartable sur le dos, nous rentrions à la maison. Loïc se moquait de nous, nous disant que nous avions été complètement idiot de croire à ce que le maître nous avait raconté et que non seulement il avait gardé une pièce mais il nous dit qu’il retournerait le soir ou le lendemain afin de récupérer toutes celles qui se trouvaient encore dans la mare.
- Il y a un véritable trésor là dedans nous dit-il.
- Oui, mais si le maître avait raison…
Nous n'eûmes pas le temps de finir notre phrase que se produisit l’impensable.
Une femme très âgée, toute ridée, vêtue de noir qui se reposait, assise au bas d'un talus, les pieds dans le fossé et que nous n'avions même pas remarquée, tendit soudain la main vers Loïc en s'exclamant :
- Veux-tu me donner la main mon chéri et m'aider à regagner ma maison ?
Ces mots firent l'effet d'une décharge électrique. Loïc prit ses jambes à son cou en hurlant "débrouille toi toute seule ! vieille sorcière !"
Nous le suivîmes en courant. Nous nous séparâmes peu de temps après, très perturbés et inquiets.
Le maître avait dit vrai et Loïc se trouvait maintenant dans une situation épouvantable. Il était lié par un sort à une femme âgée d'au moins quatre vingts ans.

Le lendemain matin, sur la cour de l’école, comme je racontais à quelques camarades ce que nous avions vécu la veille au soir, nous eûmes la surprise de voir apparaître madame Pesmarc’h, la mère de Loïc. Sans se soucier du regard de tous les enfants posé sur elle, elle traversa la cour et se dirigea vers le groupe des maîtres. Son fils suivait, le nez baissé, le visage fermé. Elle sortit de la poche de sa grande blouse noire, une pièce qu'elle tendit au maître. L'air fort mécontente, elle parlait, parlait, parlait… les maîtres écoutaient sans rien dire, ils semblaient bien embarrassés.

Enfin elle s'éloigna en prononçant ces quelques mots :
- Je suis affolée monsieur, vous comprenez.
- Ne vous inquiétez pas madame, répondit notre maître, monsieur Kerdû. Nous ferons notre possible pour régler cette affaire."

Dès que madame Pesmarc'h eut quitté l'école, nous nous rangeâmes par deux devant la porte de la classe. Nous avançâmes en silence. En passant devant les instituteurs qui discutaient, nous pûmes entendre ces quelques paroles :
- Nous voilà bien maintenant avec cette histoire, disait notre maître.
- Oui, je me demande comment tu vas régler tout ça ? lui répondit son collègue.
- Je ne sais pas.
- Tu pourrais peut-être glisser cette fameuse pièce dans le tronc !
- Oui, ce serait une bonne idée, répondit monsieur Kerdû, les yeux brillants. "Scandale et désarroi chez les grenouilles de bénitier", ça mettrait un peu de vie dans le bourg...
Le maître referma la porte, nous sentions bien que l'orage approchait.

Dès que nous fûmes assis, il s'adressa à nous de façon solennelle, en posant la pièce sur le bureau.
- Inutile de vous dire, les enfants, que nous sommes dans une situation catastrophique ! Vous devinez tous déjà, je pense, la raison de la visite de la maman de votre camarade Loïc. Il n'a pas pris au sérieux mes recommandations. Il a pensé qu'il pouvait impunément faire le malin et conserver cette pièce trouvée dans la fontaine magique.
Résultat, hier soir alors qu'il rentrait à la maison, la vieille Marie Troadicam que vous connaissez tous, lui a demandé sa main. Loïc a fui en insultant la pauvre Marie qui s'est immédiatement rendue chez ses parents.
L'affaire en est là.
Il examina la pièce, la soupesa. Il lut les inscriptions qu'elle portait. « Louis Napoléon III empereur des français 1868 ». Vue l'âge de Marie Troadicam, cette pièce pourrait bien lui appartenir. Et maintenant, elle est amoureuse de votre camarade et veut l'épouser !
Vous avez tous constaté le désarroi de sa mère qui est venue me conter l'affaire. Elle exige que nous réglions au plus vite cette fâcheuse histoire. Seulement, ce n'est pas aussi simple maintenant que la magie a fait son effet.
- Peut-être que lorsqu'il l'embrassera elle se transformera en jolie princesse, dit une voix qui venait du fond de la classe.
- ça, c'est très possible, reprit le maître mais prendras-tu Loïc, le risque d'essayer ?
Le pauvre Loïc, rouge de confusion, n'osait lever le nez.
Le maître se frottait le menton.
- Mais monsieur, si c’est une pièce en argent, Marie Troadicam devrait être une princesse et non pas une mendiante.
- Tu viens de faire une découverte importante, répondit le maître. Malgré ses apparences de misère, Marie est sûrement très riche. Sachant cela, notre camarade Loïc est peut-être disposé à épouser cette princesse ?
Mais Loïc conservait son air renfrogné. Le maître comprit qu’il n’était pas d’accord.
- Peut-être qu’un autre parmi vous serait intéressé et souhaiterait épouser cette princesse ? Il suffirait qu'il prenne la pièce et rende visite à la vieille dame. Cela arrangerait bien nos problèmes parce que je ne vois pas comment il me sera possible de défaire le sort qui lie Loïc et Marie.
Dans un silence angoissant, il nous regarda tous, les uns après les autres. Nous n'osions affronter son regard et baissions le nez, regardant fixement notre pupitre. Aucun d’entre nous ne désirait épouser cette vieille femme de quatre vingts ans, même si c'était une princesse immensément riche !
- Bon dit-il, il va falloir plonger dans les livres pour trouver une solution.
Il se dirigea vers la vieille armoire au fond de la classe, s’agenouilla et sortit une pile de livres jaunis qu'il posa ensuite sur le bureau.
Il lut quelques titres en les déplaçant :
Vie quotidienne en Bretagne dans l'ancien temps ; les lutins de la forêt de Huelgoat ; "Secrets des fontaines magiques en Bretagne à l'usage des maîtres d'école" Tiens j'avais oublié que je l'avais celui là, peut-être y trouverons nous ce qu'il nous faut.
Il consulta la table des matières et lut :
"Fontaine de Restidiou à l'usage des enfants dissipés. Fontaine de Goasgwen à l'usage des faibles en calcul ; Il y en avait plein une page ! Pour guérir les paresseux ; les bagarreurs… "Mais, c'est un véritable trésor ce livre là, murmurait notre maître. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt. La semaine prochaine, quand nous aurons réglé le problème qui nous préoccupe, nous irons baigner quelques uns d'entre-vous dans les fontaines appropriées. Avant les contrôles de fin d'année, ce traitement ne pourra vous faire que du bien.
Malheureusement, il n'y a rien, dans ce livre, en ce qui concerne notre affaire.
- C'est normal, monsieur, lui fit remarquer Cozic, le mariage ne concerne pas les enfants.
- Suis-je bête, dit le maître. Je suis tellement perturbé par cette histoire, je ne sais plus ce que je raconte.
Il reprit sa pile de livres mais sans plus de résultats. Nous étions tous consternés.

La journée passa ainsi sans plus de résultats.

Le soir nous rentrâmes encore ensemble, Loïc et moi. Il ne parlait pas. Il paraissait malade tant il était blême. Nous fîmes un long détour par la Roche Cintrée pour ne pas passer à proximité de la maison de Marie Troadicam.
Lorsque nous nous séparâmes, nous nous regardâmes un bref instant dans les yeux mais j'eus le temps d'y lire un immense désespoir.

Le lendemain matin, sur la cour de l'école les conversations étaient toujours les mêmes.
Lorsque Loïc arriva, nous constatâmes que son visage était couvert de boutons.
Il nous dit qu'il s'était réveillé comme cela et que sa mère lui avait dit que c'était probablement nerveux.

Nous rentrâmes en classe, le maître paraissait toujours très soucieux.
- Je n'ai rien trouvé mon pauvre Loïc dit-il. Je ne sais pas comment te défaire du sort qui t'accable. J'ai passé la nuit à consulter mes livres, mais je n'ai rien trouvé.
Loïc était effondré. Des larmes coulaient sur son visage. Nous étions tous silencieux, nous partagions sa peine.
C'est alors que Jean Marie leva le doigt :
- Monsieur dit-il, j'ai parlé de notre problème à la maison. Mon grand-père qui est sabotier dans la forêt m'a dit qu'il avait déjà rencontré cette situation lorsqu'il était à l'école.
- Ah, oui, dit le maître, j'aurai dû penser plus tôt à ton grand-père. C'est vrai que c'est un homme des bois. Il doit tout connaître concernant les pouvoirs des sorcières, des fées et des lutins. Il est notre dernière chance, s'il ne peut rien, il ne nous restera plus qu'à célébrer le mariage de Loïc et de Marie.

L'après midi nous cheminions, en rang par deux en direction du camp D'Artus. Un ancien camp d'origine gauloise situé en plein cœur de la forêt. C'est là que Guillaume Pen Caled , le grand-père de Jean-Marie vivait et travaillait.

Le soleil perçait au travers du feuillage vert tendre des hêtres. L'air était doux, la nature magnifique. Nous étions heureux. Seul le maître paraissait toujours soucieux. Il suivait, loin derrière, sans même s'occuper de ses élèves.

Nous pénétrâmes dans le camp d'Artus, et soudain nous découvrîmes une hutte de branchages de laquelle s'échappait une fumée bleutée. C'était la maison de Guillaume.
Nous nous approchâmes de la porte et nous vîmes le vieil homme, assis sur un tabouret à trois pieds, face à la cheminée. Quand il nous aperçut, il se leva et vint sur le pas de la porte, en s'appuyant sur un bâton qui lui servait de canne. Le maître demanda s'il pouvait lui parler.
- Entrez, dit-il.
Mais avant de pénétrer dans sa hutte, le maître nous rassembla.
- Écoutez, les enfants, je vais être obligé de vous faire
confiance et de vous laisser sans surveillance pendant un long moment. Le temps d'expliquer notre mésaventure au grand-père de Jean-Marie. Vous pouvez vous amuser. Les remparts qui entourent le camp sont les limites de votre terrain de jeux.

Naturellement, nous promîmes de ne pas faire de bêtises, puis nous nous organisâmes en deux camps. Les gaulois tenaient un promontoire en terre de plusieurs mètres de haut et les romains attaquaient sans discontinuer de tous les côtés. Nous ne vîmes pas les heures passer. Lorsque le maître nous rassembla avant de reprendre le chemin de l'école, nous étions épuisés.
Le maître semblait avoir retrouvé sa bonne humeur.
- Rangez vous vite, les enfants nous dit-il, nous allons être en retard.
En chemin il nous dit que Guillaume lui avait révélé la façon de désensorceler la pièce.
- Je vous expliquerai tout cela demain, amenez tous un pique nique. Nous partons pour la journée. Pourvu qu'il fasse beau.
Le lendemain matin, nous prîmes encore une fois le chemin de la forêt. Chacun portait son pique nique et nous cheminions par deux.
Nous suivîmes l'allée Violette puis l'allée du Clair Ruisseau jusqu'au "Pont Gwenn". Là le maître nous fit asseoir en demi-cercle puis il nous expliqua la première opération à effectuer.
- Cette pierre plate qui enjambe la rivière est très très ancienne. Guillaume m'a dit qu'en son milieu nous devions découvrir une croix gravée. Il m'a précisé que Loïc devait faire rouler la pièce sur cette croix du haut en bas, puis de droite à gauche en répétant mentalement "Pièce magique désensorcelle toi ".
Tu es prêt pour cette opération Loïc ? Va voir si la croix s'y trouve, puis concentre toi bien et applique toi. C'est notre dernière chance, il faut que nous réussissions.

A genoux sur la pierre, Loïc très concentré effectua consciencieusement, ce que le maître lui avait dit de faire, puis il revint vers nous. Il était pâle et la sueur coulait sur son front.
- C'est affreux nous dit-il, je sentais que la pièce voulait s'échapper. J'ai dû la retenir de toutes mes forces.
- C'est plutôt bon signe lui répondit le maître. Cela veut dire qu'elle ne veut pas perdre son pouvoir magique. Continuons, nous devons maintenant nous rendre au menhir de Kérempeulven.

Nous poursuivîmes donc notre chemin. Nous traversâmes le petit ruisseau de Restidiou et par des chemins creux, nous atteignîmes le menhir. C'était une pierre dressée d'au moins cinq à six mètres de haut. Le maître nous dit que son histoire remontait à deux ou trois mille ans et que c'était aussi un lieu magique.
- Loïc, c'est maintenant le moment de la deuxième opération. Tu dois, toujours en serrant bien fort la pièce dans ta main, faire trois fois le tour de ce menhir. Reste très concentré et pendant que tu tournes autour du menhir, répète mentalement, sans arrêt, "pièce, ta magie est finie". Tu as bien compris ? Alors vas-y.
Loïc encore une fois fit ce que le maître lui avait demandé. Il transpirait encore plus que la première fois. La main qui serrait la pièce tremblait. Quand il eut terminé ses trois tours, il put à peine ouvrir ses doigts tant ils étaient tétanisés.
- C'est de plus en plus affreux nous dit-il. J'ai cru qu'elle allait briser mes doigts pour s'échapper. Il nous montra les profondes marques que la pièce avait creusées dans sa main.
- Voilà deux opérations de faites nous dit le maître. Passons à la troisième. Maintenant les enfants, vous allez bien écouter. Je vais vous montrer un endroit secret. Il s'agit d'une source magique qui sort d'une immense roche grande comme une maison. D'après Guillaume, le grand-père de votre camarade, c'est la fée de la forêt qui l'aurait fait jaillir d'un coup de sa baguette magique. On y voit d'ailleurs l'endroit où elle a frappé.
Nous reprîmes notre chemin excités à l'idée de découvrir cette fameuse fontaine secrète.

Enfin une immense roche couverte en partie de mousse nous apparut au travers des branchages. Nous nous approchâmes et découvrîmes qu'effectivement, en son milieu, à environ un mètre du sol, coulait sans discontinuer un filet d'eau. C'était comme si elle pleurait. Nous étions à la fois émerveillés et inquiets.
- Avant dernière opération précisa le maître. Loïc tu vas passer la pièce sous cette eau qui doit emporter tout son pouvoir. Il faut la frotter longtemps en te répétant toujours "pièce, ta magie est finie".
Loïc s'exécuta une nouvelle fois. Concentré, il frottait vigoureusement la pièce en la maintenant sous l'eau. Ses mains rougissaient et on voyait bien qu'il souffrait beaucoup.
- C'est bon Loïc dit soudain le maître, regarde ta pièce.
- Elle ne brille plus monsieur.
Effectivement elle était devenue totalement terne, elle avait perdu son éclat.
- Parfait, parfait murmurait le maître en se frottant les mains de satisfaction. C'est la preuve qu'elle a perdu son pouvoir. Il ne reste plus qu'à passer à la dernière opération et nous serons définitivement débarrassés de cette pièce maudite. Nous devons la remettre maintenant à Guillaume qui m'a promis de lui ôter définitivement sa force maléfique. Allons y.
Cette fois nous marchions heureux, nous touchions au but. Le maître chantonnait en nous suivant.

Nous gagnâmes le camp d'Artus, Guillaume nous attendait devant sa hutte.
- Alors ? demanda-t-il un peu inquiet.
- Je pense que nous avons réussi, répondit le maître. Regardez la pièce.
Le vieil homme la prit dans ses mains qui tremblaient. Il l'observa très attentivement.
- Oui, dit-il, je pense que c'est bon. Je vais procéder à la dernière opération. Suivez moi.
Nous marchâmes un long moment en file indienne. Nous passions sous d'immenses fougères bien plus hautes que nous. Nous zigzaguions et nous ne savions pas où nous étions.
Enfin nous arrivâmes devant un trou circulaire qui marquait l'ouverture d'un puits au ras du sol.
-Attention nous dit-il, ne vous en approchez pas. Je pense que ce puits va jusqu'au centre de la terre. Si vous disparaissez dedans on ne vous trouvera jamais plus. C'est là que se cachent tous les esprits de la forêt.
Nous nous tînmes donc à bonne distance du puits. Lui s'en approcha. Il prit la pièce entre deux doigts. Il la regarda longuement et lui parla. Il ferma ensuite les yeux et se concentra. Il semblait réciter des prières. Silencieux nous l'observions. Enfin, il ouvrit les yeux et jeta la pièce dans le puits.
- Voilà, nous dit-il, elle ne perturbera plus votre vie.
- Merci beaucoup Guillaume, vous nous avez sauvés, lui dit notre maître.
- Ce n'est rien, ce n'est rien, répondit Guillaume.
Nous regagnâmes l'école, tout le monde était heureux.

Quelques jours plus tard, la maman de Loïc nous apporta un énorme far breton afin de nous remercier de notre efficacité.

Quelques temps après, début Juin, je crois, Jean-Marie nous annonça une étrange nouvelle.
Son grand-père venait de se mettre en ménage et vivait maintenant dans sa hutte avec la vieille Marie Troadicam. Guillaume avait-il attiré sur lui le pouvoir de la pièce magique ? Si on en croit la légende, ils n'eurent jamais d'enfants.