30.08.2007
Les immortels des Monts d'Arrée fin de la première partie
Je m'appelle Simon D., j'ai dix ans. Ceci est mon journal secret, donc personne ne le lira jamais. J'ai décidé de l'écrire parce que cet hiver j'ai vécu une étrange histoire et comme un jour je serai écrivain, je préfère la noter pour ne pas l'oublier.
Voilà, elle a commencé aux alentours de Noël mil neuf cent quatre vingt dix neuf. Donc peu de temps avant le passage à l'an deux mille (je le précise parce que cette date est très importante pour la suite de l'histoire). A l'école nous préparions les décorations de Noël. Je pense que ça devait-être le dix huit ou le dix neuf décembre, le vingt c'était les vacances.
Tout le monde était silencieux dans notre classe unique, les petits comme les grands. Soudain, le petit Gwendal qui n'a que quatre ans et demi à levé le nez et a demandé tout fort à notre maître, monsieur Coz, en le regardant droit dans les yeux :
"- Vous êtes vieux, vous, hein monsieur ?
- Oh oui, a répondu le maître, c'est certain, je ne suis plus très jeune.
- Vous avez au moins cent ans ?
- Bien plus, mon petit, bien plus...
Et sans plus se soucier de l'âge de son maître, le petit Gwendal a poursuivi son dessin.
Le lendemain, à peine assis à sa place, Gwendal a levé le doigt.
- Oui, qu'y a-t-il ? lui a demandé le maître.
- Ma grand-mère m'a dit que ce n'était pas cent ans que vous aviez, monsieur, mais peut-être mille.
- Oh, comment a-t-elle deviné ? a répondu monsieur Coz.
Les plus grands souriaient persuadés que le maître faisait marcher le petit Gwendal mais il a poursuivi :
- Oui, je suis né il y a maintenant quatre mille ans environ, dans un camp celte, près d'un village que l'on appelle aujourd'hui Kérempeulven. D'ailleurs pour marquer ma naissance, mon père, qui était le chef de la tribu avait fait dresser un menhir qui existe toujours, même si plus personne ne se souvient de la raison pour laquelle il a été élevé.
- On élevait ainsi des menhirs à chaque naissance, monsieur ? demanda un grand qui commençait à s'intéresser à cette histoire.
- Oh non, a répondu le maître, c'était très exceptionnel, mais je te l'ai dit, j'étais le fils du chef. Il y en a un autre à Kerelcun, à proximité de la Feuillée. Celui là a également été érigé à la même époque pour célébrer la naissance d'une petite fille. Elle s'appelait Nolwen , elle aussi fille de chef.
D'ailleurs, si vous le voulez, je vais vous raconter comment nos destins se sont croisés à cette époque.
- Oh, oui monsieur, racontez, racontez… Mais, comment avez-vous fait pour vivre ainsi quatre mille ans ?
- Comme nous étions enfants de chefs, mon père et celui de Nolwen, avaient décidé de consulter les druides afin de nous rendre immortels. La cérémonie eut lieu en Juin, au cours de la nuit la plus courte de l'année. Nous nous sommes rendus au cœur de la montagne d'Arrée. En réalité, pas bien loin d'ici, à quelques distances du Mont St Michel. A l'époque naturellement, la chapelle n'existait pas. Il n'y avait rien qu'une immense montagne déserte couverte de landes.
Là, les druides ont opéré leur magie et concentré sur moi et sur Nolwenn, les forces de la nuit. Ce fut paraît-il une grande cérémonie.
- Comment s'est déroulée la cérémonie, monsieur ?
- ça je ne le sais pas, j'étais encore un tout petit enfant et je ne m'en rappelle plus. Ce que je sais par contre, c'est que les prêtres avaient mis en place une magie qui n'a pris son pouvoir que bien des années plus tard, le jour de mon mariage avec Nolwenn. J'avais grandi insouciant, ici même au cœur de cette montagne et puis un jour, ce fut le jour de notre mariage. La cérémonie eut lieu près de la fontaine magique de la forêt puis nous nous sommes rendus sur le point culminant pour implorer le ciel de nous apporter le bonheur et la force. C'est au retour, comme nous redescendions de la montagne, que tout est arrivé.
Tous les éléments du ciel se sont déchaînés brusquement. La pluie, le vent, la foudre, le tonnerre et même un tremblement de terre. Ce fut effroyable. Quand je me suis réveillé, j'étais seul. J'ai difficilement retrouvé mes esprits. Soudain, j'ai réalisé que toute la noce avait été changée en pierre. Chaque participant à notre mariage était devenu un rocher, comme ça sur place. Si bien que je pouvais encore reconnaître le cortège figé pour l'éternité.
D'ailleurs je vous y mènerai au printemps et vous verrez la noce de pierre est toujours là quelque quatre mille ans plus tard. Vous remarquerez aussi le sol fendu à l'endroit du tremblement de terre.
Une chose seule m'a intrigué, ma femme n'était pas changée en pierre mais elle avait disparu. Je n'ai jamais su ce qu'elle était devenue.
Et puis le temps a passé… passé… passé… passé… c'est comme ça que je me suis rendu compte que j'étais devenu immortel. aujourd'hui je suis maître d'école, demain je ne sais quelle sera ma profession… mais comme l'a deviné Gwendal, oui je suis vieux, je suis très vieux… et je me demande vraiment comment ta grand-mère sait cela ?
- Sa grand-mère, c'est bien connu, est une sorcière, précisa Luc, un grand du CM2.
- Mais non ma grand-mère n'est pas une sorcière, hurla Gwendal des larmes pleins les yeux.
- Mais non, Gwendal, ne t'énerve pas, ce n'est sans doute pas exactement ce que veut dire Luc.
- Si, si monsieur, je peux vous dire que c'est une sorcière. La preuve, c'est qu'elle prédit l'avenir et qu'elle soigne les maladies que les médecins n'arrivent même pas à soigner.
- Comment sais-tu tout ça ? demanda le maître.
- Je le sais parce que la semaine dernière mon grand-père qui souffre de rhumatismes à été la voir. Il ne pouvait plus faire un pas et maintenant ma grand-mère dit qu'il court comme un lapin.
- Et tu sais quel a été le traitement ? a demandé le maître.
- Oui a répondu Luc. Elle connaît un endroit secret. Là il y a un dolmen. Elle a demandé à mon grand-père de se mettre torse nu, elle l'a très longuement flagellé avec des orties et quand il a été couvert de cloques, elle l'a fait passer dix fois sous cette table de pierre en même temps qu'elle récitait des formules magiques. Le lendemain, il était guéri. Le plus étrange c'est que depuis, gravé dans la peau de son dos, il y a comme des lettres en relief. On dirait un "D" et un "L" plus ou moins entremêlés.
Le maître regardait Luc fixement comme s'il voulait savoir s'il disait bien la vérité. Il était devenu blême, ses mains tremblaient.
- Tu dis bien un "D" et un "L" Luc ? et des lettres entremêlées ?
- Oui monsieur, c'est ça, je crois…
- Ce n'est pas possible murmurait le maître, ces lettres sont les initiales du druide qui m'a rendu immortel… à chaque fois il signe ainsi sa magie. Mais alors ta grand-mère Gwendall serait… murmurait le maître, sans pouvoir terminer sa phrase. Soudain, des larmes se mirent à couler sur son visage ce qui le fit paraître encore beaucoup, beaucoup plus vieux.
Les petits demeuraient bouche ouverte, les grands eux, se regardaient à la dérobée et échangeaient des sourires se disant "mais qu'est ce qui lui arrive ? notre maître est-il devenu fou ?
L'air absent, semblant avoir oublié la présence de ses élèves, tout en parlant tout seul, le maître commença à se dévêtir. Devant les enfants de plus en plus effarés, il enleva son gilet de laine, défit sa cravate, ôta sa chemise et son tricot blanc.
Un malaise régnait dans la classe. Si nous avions osé, nous aurions fuis.
Quand il fut torse nu, il se tourna et nous montra son dos. C'était à peine pensable ! Comme gravé dans sa peau, ont devinait deux boursouflures, comme des cloques qui ne se seraient jamais résorbées. Elles dessinaient en relief sur sa peau deux lettres entremêlées : un "D" et un "L".
Là personne ne riait plus. Nous réalisions soudain que notre maître était réellement âgé de trois mille ou quatre mille ans !
"Où habite ta grand-mère Gwendal ?"
- Loin, lui répondit le petit.
- ça, ça m'aide ! a répondu le maître.
- A Quinoualarc'h a précisé Luc, c'est là que mon grand-père est allé se faire soigner.
- C'est là aussi qu'est enterré le druide qui m'a rendu immortel. Et il poursuivit, comme pour lui tout seul… "elle serait venue habiter dans ce village ? ..."
…..
Le lendemain, dernier après midi, avant les vacances, comme d'habitude, le père Noël de l'école a apporté quelques jouets aux petits, des livres et des friandises aux plus grands.
Monsieur Coz paraissait absent, il classait ses papiers, rangeait les armoires. Il ne s'occupait pas de nous si bien que nous en profitions un peu et même beaucoup… Quelques élèves couraient même, essayant de s'attraper autour des tables.
Une demi-heure avant le départ en vacances, le maître nous fit ranger la classe puis il nous demanda de nous asseoir et de l'écouter.
Quand le silence régna enfin, il nous dit exactement ceci :
" Les enfants, dans un instant vous allez partir. Là il me reste quelques minutes pour vous dire adieu et vous dire que vous avez été les élèves les plus courageux, les plus gentils et les plus attachants que j'ai jamais eu."
Un silence absolu, régnait cette fois dans la classe. Nous étions heureux et fiers que le maître nous adresse ces compliments si rares dans sa bouche. Il était même si content de nous qu'il en avait les yeux remplis de larmes. Quand il nous fit sortir, il se tourna même vers le tableau pour cacher son émotion.
Enfin, nous sommes partis, heureux, mais heureux...
La nuit de Noël mille neuf cent quatre vingt dix neuf, fut mémorable…
Il était peut-être vingt trois heures quand nous avons quitté la maison pour nous rendre à la chapelle du Mont Saint Michel où nous devions assister à la messe de minuit. Il fallait suivre une route étroite et sinueuse qui s'enfonce dans la montagne. Le vent soufflait déjà bien fort et la pluie claquait sur le pare-brise.
Mon père avait garé sa voiture presque au sommet du mont et nous nous sommes précipités à l'intérieur de la petite chapelle.
Là, une cinquantaine de personnes attendaient silencieuses que commence l'office. Il régnait une atmosphère bien étrange dans cette chapelle. Uniquement éclairée par les cierges qui brûlaient, des ombres démesurées dansaient en tous sens au gré des flammes ballottées par le vent qui s'engouffrait sous la porte. On pouvait suivre au travers des vitraux les déchirures bleues des éclairs qui barraient le ciel noir en tous sens.
Le hurlement continu du vent, les bourrasques de pluie sur le toit, le bruit assourdissant du tonnerre qui roulait sans interruption couvraient totalement la voix du prêtre qui poursuivait son office comme pour lui seul.
A un moment, j'ai dit à mes parents qu'il me fallait absolument sortir.
"- Tu ne peux pas te retenir et attendre un moment ? m'a demandé ma mère très contrariée.
- Non maman, je suis très très pressé….
- Tu es vraiment embêtant, tu vois le temps qu'il fait ? C'est très dangereux.
- Maman, je ne peux plus tenir, il faut que j'y aille…
- Bon, a-t-elle soupiré. Surtout ne t'éloigne pas de la chapelle, et reviens vite…"
Je suis sorti, c'était bien pire que ce que je pensais. Le souffle du vent faillit me jeter à terre en même temps que des trombes d'eau me trempaient.
Je contournais la chapelle de manière à rester à l'abri et je me dépêchais … comme me l'avait demandé ma mère !
Le spectacle était sublime… Les éclairs zébraient le ciel et se perdaient dans l'étang tout proche.
C'est alors que mon attention fut attirée par quelque chose d'inimaginable… Là, dans cette tempête affreuse, un couple, main dans la main, remontait la noce de pierres.
Soudain, j'ai réalisé que c'était mon maître qui donnait la main à une femme vêtue de blanc. On aurait dit une mariée. Lui, portait un habit sombre. Ils semblaient heureux et passaient d'une roche à l'autre. On aurait dit qu'ils s'adressaient à chacune d'elle, comme à des êtres vivants.
Et la foudre frappait autour d'eux de toutes parts mais ils semblaient calmes, sereins. Ils avançaient doucement. Alors qu'ils semblaient s'adresser au dernier invité une boule de feu les enveloppa et ils disparurent comme volatilisés. La bourrasque redoubla de violence. Je restai là impuissant, paralysé...
"- Mais que fais-tu là malheureux, tu vas te faire foudroyer !!! viens…"
Mon père m'a saisi la main et courbés sous les trombes d'eau nous avons regagné la voiture.
Je ne me souviens plus du trajet du retour, je ne pensais qu'au drame auquel je venais d'assister… mais le soir je n'ai rien dit…
Le lendemain matin, toutes les radios et la télé ne parlaient que de cet ouragan qui avait frappé en cette nuit de Noël. Lorsque je me suis levé, ma mère s'est tout de suite inquiétée de ma santé, craignant certainement que j'aie pris froid dans la nuit.
Je l'ai rassurée, j'étais en pleine forme… mais ce que j'avais surpris me perturbait énormément. Avais-je rêvé ?
"- Dis, maman, ai-je demandé, est-ce que le maître sera encore là, à la rentrée ?
- Oui, pourquoi ne serait-il pas ?
- Et si par hasard, il n'était pas là.
- ?… elle me jeta un regard interrogateur.
- Oui, admettons, dis-je qu'il ait été frappé par la foudre, alors qu'il se promenait dans la montagne, la nuit dernière.
Ma mère haussa les épaules et poursuivit son travail semblant agacée par mes propos.
- Oui, repris-je, c'est bien ce qui s'est passé pourtant. Il était en compagnie d'une femme. J'ai cru reconnaître la grand-mère de Gwendal, tu sais la "sorcière de Quinoualac'h". Ils se donnaient la main et caressaient toutes les roches de la noce de pierres. Quand ils sont arrivés au bout, la foudre les a frappés et ils ont été pulvérisés.
Ma mère devint blême, devant une telle révélation. Elle s'approcha et posa sa main sur mon front.
- Mon chéri, tu vas remonter te coucher me dit-elle. Nous nous sommes couchés bien trop tard hier soir. Et cette pluie qui t'a complètement trempé… Tu vas prendre ta température, mon petit…
- Mais, maman, lui dis-je, ça va très bien, ne t'inquiète pas. Tout ça je l'ai vu quand je suis sorti tout seul de la chapelle. Même que la sorcière était toute vêtue de blanc, comme une mariée. Ils semblaient heureux, heureux...
- Heureux... heureux… marmonnait ma mère… en attendant, tu vas vite monter te coucher. Quel médecin est de service aujourd'hui ?
A cet instant, mon père rentra dans la cuisine. Ma mère n'eut pas le temps de le mettre au courant de mon soi-disant délire, qu'il lui dit :
- Je viens d'en apprendre une bonne, Le maire a reçu une lettre de Monsieur Coz. Il lui annonce qu'il n'assurera pas la rentrée après le nouvel an.
A ces mots, ma mère se laissa tomber sur une chaise. Ses mains tremblaient.
- Il en a donné la raison, demanda ma mère ?
- C'est assez étrange a répondu mon père. Il a dit qu'il allait disparaître et qu'il était inutile de le rechercher. Il était peut-être déprimé, le pauvre...
Appelle la sorcière, à Quinoualarc'h, a dit ma mère.
Mon père l'a regardée d'un air étrange.
- Tu es malade ? Que t'arrive-t-il ?
- S'il te plaît, fais ce que je te demande, s'il te plaît, vite.
Mon père chercha le numéro de téléphone et appela.
Naturellement, il n'obtint pas de réponses.
- Appelle sa voisine, j'ai besoin de savoir.
- Mais savoir quoi ? Peux-tu m'expliquer ?
- Vite, s'il te plaît, s'il te plaît, vite...
Mon père s'exécuta. La voisine de la sorcière répondit mais au fur et à mesure qu'elle parlait mon père paraissait de plus en plus perturbé. Quand iI raccrocha, il semblait vraiment dans ses idées.
- Tu sais ce que je viens d'apprendre ? Elle aussi a disparu. Elle est passé faire ses adieux aux quelques personne qu'elle fréquentait. Quand on lui a demandé où elle partait, elle a dit qu'elle allait disparaître pour toujours.
Boum ! Ma mère s'est écroulée sur le sol !!!
Quel remue ménage, il fallut lui passer de l'eau froide sur le visage, lui tapoter les joues. Quand elle reprit un peu ses esprits, mon père voulut appeler le médecin mais elle a refusé :
Toi, disparais dans ta chambre m'a-t-elle dit
Mon père l'a regardée, interrogateur … mais moi, je me suis éclipsé discrètement.
Seul dans ma chambre, je réfléchissais encore au spectacle auquel j'avais assisté. Machinalement, plutôt pour m'occuper, je me mis à ranger mon cartable.
Mon attention fut soudain attirée par une petite boîte que je ne connaissais pas. Intrigué, je l'ouvris un peu brusquement. Quelque chose roula sur le sol. Je m'accroupis et ramassai une superbe bague.
- Ah, ça alors me dis-je, qui a pu glisser dans mon cartable ce superbe cadeau ?
Mon esprit vagabondait, passant en revue les filles de ma classe. Laquelle pouvait-être assez amoureuse de moi, pour m'offrir un tel bijou ?
Machinalement, je la passai à mon doigt. J'eus l'impression qu'elle se serrait pour s'adapter juste ma taille… et lorsqu'elle se fut serrée, comme frappé par la foudre, une onde électrique me traversa, violente, horrible. Je hurlai et bondis presque jusqu'au plafond puis me retrouvai assis par terre.La sueur coulait sur mon visage, je me sentais malade, j'avais envie de vomir… et je perdis connaissance.
Lorsque j'ouvris les yeux, je restais un long instant à récupérer et à rassembler mes idées. Mais que m'était-il donc arrivé ? Je n'osais pas toucher l'interrupteur et regardai autour de moi pour essayer de comprendre ce qui avait pu causer cette décharge. Un fil électrique traînait-il sur le sol ? Une odeur épouvantable de corne brûlée emplissait la chambre. Je me levai péniblement et ouvris la fenêtre pour aérer. Passant devant le miroir je poussai un cri en apercevant mon visage. Mes cheveux avaient fondu ! Il ne restait plus que quelques fils roussis et entortillés sur ma tête ! Je passai mes doigts et en retirai une poignée. J'étais atterré, anéanti. Je me laissai tomber sur mon lit, incapable même de penser.
C'est alors que mon attention fut attirée par un papier plié dans la boîte qui contenait la bague. Je le pris, le dépliai, les doigts tremblants. Je lus ces mot : "Pour toi, Simon". C'était l'écriture du maître.
"Simon,
J'ai su que tu allais être le seul à assister et à comprendre ce qui allait m'arriver.
Surtout n'en parle jamais à personne, même pas à tes parents, ils ne comprendraient pas, ça ne t'attirerait que des ennuis."
- Ah, ça, ça y est, les ennuis ont déjà commencé, est ce que je pouvais deviner, pensais-je… Je poursuivis ma lecture.
"Cette bague, est à toi. Elle te permettra d'accéder à l'immortalité. Mais, avant de la passer à ton doigt, réfléchis bien !"
- Réfléchis bien murmurai-je… ah ! oui ! Réfléchis bien… mais elle y est sur mon doigt !
Le cœur battant à se rompre je repris ma lecture.
"Fais très attention, cette bague est magique."
- Tiens ! Je ne m'en suis pas rendu compte !
" Lorsque tu l'auras passée à ton doigt, tu seras comme frappé par la foudre"
- Merci maître, de me le préciser, je ne m'en suis pas rendu compte.
" La décharge risque d'être assez violente, peut-être devrais-tu passer une visite médicale préalablement pour savoir si ton coeur peut suporter le choc"
- Il a résisté, il a résisté maître !
"Lorsque tu te réveilleras, tu constateras quelques petits inconvénients, des petites brûlures, tes cheveux et les poils de tes bras seront sans doute grillés, mais c'est peu de chose…"
- Peu de chose ? Ah, oui, peu de chose ?
Je me relevais pour me contempler à nouveau dans le miroir. Je passais une main sur mon crâne et j'enlevais les derniers cheveux qui restaient. J'étais chauve !!! Je me fis une grimace pour essayer de me faire rire, mais le cœur n'y était pas.
Je repris la lettre :
"… en comparaisons du prodigieux miracle qui se sera accompli. A cet instant tu seras devenu immortel. "
- Eh bien ! Eh bien ! murmurais-je, ne sachant si je devais être immensément heureux ou immensément malheureux.
Machinalement je lus la fin de la lettre :
"Tu devras beaucoup t'instruire et retransmettre toute notre culture. Lorsque les milliers d'années auront passé, et si tu te sens un jour las de vivre, il te faudra retrouver comme moi je l'ai fait, la princesse qui t'es destinée et gagner avec elle, la noce de pierres. Là tu as déjà assisté à la magie qui s'y déroule, ce sera la même pour vous. Prends garde tout de même avant, de choisir un successeur.
Adieu Simon, nous nous reverrons dans quelques milliers d'années sans doute mais je sais que tu es celui que je devais choisir.
Ton maître Monsieur Coz"
La lettre me tomba des mains. Je restai là absent, assis sur mon lit.
Combien de temps dura cette absence ? C'est un cri horrible que me sortit de mes songes... et un bruit sourd "boum".
Je me retournai. Pour la deuxième fois de la journée, ma mère venait de s'évanouir.
Je bondis et lui tapotai la joue pour la ranimer… Elle ouvrit les yeux et m'apercevant, elle poussa encore un cri et perdit à nouveau connaissance.
Je réalisai alors que c'était sûrement à cause de mon crâne chauve. Je me précipitai vers l'armoire et y prit un bonnet que j'enfonçai sur ma tête.
Il était temps, mon père attiré par tout ce vacarme, entrait juste dans ma chambre.
Apercevant ma mère allongée, il se précipita affolé.
- Mais que lui arrive-t-il aujourd'hui ? Oh, là, là, et regarde cette bosse énorme qu'elle s'est faite en tombant. Je vais chercher un peu de glace.
A genoux, les yeux remplis de larmes, je caressais le visage de ma mère. J'étais vraiment désolé de lui causer tant de soucis. Comme je passais la main sur la bosse, je la vis disparaître comme par miracle. Je réalisais que j'avais aussi hérité des pouvoirs magiques sans doute comme ceux que possédait la sorcière de Quinoualarc'h.
Lorsque que mon père s'agenouilla et chercha la bosse pour y placer les glaçons, je l'entendis murmurer…
- Mais, bon sens, je n'ai tout de même pas rêvé !
Ma mère revint à elle pour la deuxième fois et m'apercevant elle hurla :
- disparaît !!! Monstre ! Mais qu'est-ce que c'est que cet enfant ?
Allons, ma chérie, calme-toi, calme-toi, lui murmurait mon père en lui caressant le visage.
- Me calmer, hurlait toujours ma mère. Mais connais-tu la dernière invention de ton fils ?
Devant le silence de mon père elle poursuivit :
- Enlève-lui son bonnet et tu comprendras.
Mon père se tourna vers moi et souleva mon bonnet. M'apercevant le crâne complètement nu, il partit d'un fou rire affreux. Il en pleurait.
J'étais rouge de honte et ma mère hurlait de plus belle. Enfin, mon père se calma, il aida ma mère à se lever et lui dit :
- Viens, descendons, je vais t'expliquer.
Resté dans ma chambre, j'écoutais les explications de mon père.
- Ne t'inquiète pas disait-il, Simon est tellement admiratif des joueurs de foot qu'il se sera rasé le crâne comme son idole "Barthez"
- Et tu trouves ça bien ? répliqua ma mère.
- Non, mais ce n'est pas non plus une catastrophe. A cet âge, tu sais bien que l'on a ses idoles.
Bon, on va juste lui donner une punition et nous n'en reparlerons plus.
Simon ! Appela mon père. Viens !
Je descendis inquiet, qu'allait-on encore m'imposer comme punition ?
Mon père reprit, poursuivant son idée :
- Simon, regarde dans quel état tu as mis ta mère. Je sais que tu admires plus que tout ces joueurs de foot qui se rasent tous le crâne, mais ne penses-tu pas tout de même que tu pousses le bouchon un peu loin ? Crois-tu que tu seras meilleur gardien de but si tu es chauve ?
Te trouves-tu plus beau ainsi ? Si tu me promets de ne plus recommencer tes bêtises, je me contenterai d'une punition assez légère… disons que tu auras interdiction d'assister, si tu préfères "tu seras suspendu" pour cinq matchs
Et voilà, les ennuis continuaient ! Je n'avais rien demandé à personne et tout était de ma faute. Je bouillais d'indignation mais je restais silencieux sachant bien que personne ne pouvait me comprendre.
Mon père considéra mon silence comme un assentiment.
- Bien, dit-il, l'incident est clos. Remonte dans ta chambre, le temps que ta mère récupère. Et surtout, arrête de faire des bêtises, sans quoi je serai réellement obligé de me fâcher.
Je remontais donc dans ma chambre. En passant devant le miroir, je m'arrêtai et enlevai mon bonnet. J'observais longuement mon visage. Il n'avait pas changé. J'étais peut-être devenu immortel, mais j'avais pour l'instant toujours dix ans !
Note de l'auteur :
Depuis ces évènements , nous avons suivi le destin de Simon.
Ses cheveux ont repoussé mais ils ont pris la couleur de la cendre et ils sont crépus, ce qui lui donne un charme incontestable. Comme c'est déjà un garçon grand, fort et intelligent (immortel aussi mais cela nul ne le sait) toutes les filles sont amoureuses de lui. Ceci l'embarrasse fort, parce qu'il sait que la seule qu'il devra épouser est une princesse immortelle dont lui a parlé son maître. Mais où la trouver ? Existe-t-elle réellement ?
Sa culture concernant la science druidique ne cesse de progresser. Il a même construit un cromlech et la foule se presse aux solstices d'été et d'hiver pour assister aux cérémonies qu'il préside.
Sa mère est finalement en admiration devant l'exceptionnelle intelligence de son fils. Elle craint malgré tout ses fantaisies comme le jour où il a quitté la maison en longue robe blanche (comme elle ne savait pas encore qu'il présidait la cérémonie du solstice de Juin 2003, elle s'est un moment demandée s'il ne perdait pas la raison.)
Nous nous engageons à vous tenir au courant des évolutions importantes de l'histoire personnelle de Simon… mais ceci, nous en sommes bien conscients, ne peut être qu'un apport infime, en comparaison de la durée de vie éternelle de ce héros.
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