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05.11.2007

Le biniou koz

Ah ! C'est un véritable bijou, une merveille ! Je viens de faire l'acquisition d'un biniou koz. Imagine un instrument qui ressemble à la cornemuse mais en plus petit. C'est l'instrument que les gens d'ici utilisent pour accompagner la bombarde lors des festou deiz ou festou noz.
Sans plus attendre, je m'y suis donc mis. Je ne sais si tu as déjà soufflé dans un biniou koz ?
Je t'explique :
Tu souffles pour remplir la poche et tu entends "oooooonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn…"
Tu souffles plus fort pour obtenir un "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii…"
Mais là, aussitôt le " oooooooooonnnnnnnnnnnnnnnn" s'arrête, et tu n'as qu'un "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" qui te casse les oreilles.
Patient tu recommences, une fois... dix fois... et c'est toujours "ooooooooooooonnnnnnnnnnn" ou "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" mais jamais "ooooooooooooonnnnnnnnnnn" et "iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" en même temps.
Alors tu t'énerves, tu souffles plus fort et là, l'animal se tait !
Epuisé, j'ai donc arrêté de m'époumoner et j'ai décidé de me rendre à Brest afin d'acheter un sac pour loger et transporter "mon animal boudeur !"

Comme tu le sais, j'habite au bout du monde, dans la lande et l'ajonc. Et c'est toute une aventure que de se rendre à la ville. J'ai donc pris ma voiture, suivi un chemin de terre, puis un chemin communal, puis quelques départementales, puis la "nationale" et enfin la voie express. Enfin je suis entré dans la ville avec des voitures partout, partout, partout… ah que c'est inquiétant quand on ne connaît que les champs.
Chez "Décathlon" j'ai bien mis vingt minutes à trouver le sac qui me convient et là aussi, il y avait du monde, partout, partout, partout…
En sortant, à la porte du magasin, une superbe jeune femme m'adresse un sourire et me fait un petit signe de tête pour me dire bonjour.
"- Bonjour madame" lui dis-je en répondant à son sourire.
Tiens, les gens de la ville seraient-ils moins "sauvages" qu'on le dit ?
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. Lorsque je me suis assis au volant… je me suis aperçu que la charmante jeune dame s'était assise, à la place du passager !
Un peu perplexe, je lui ai demandé…
- Euuhhh madame, vous ne vous trompez pas de voiture ?
- Euuhhh monsieur, me répond-elle, ça dépend de vous.
Je suis resté la regarder silencieux, interrogateur.
- Voulez-vous que je vous dépose quelque part ? Dans quelle direction allez-vous ?
- Dans la même que vous, monsieur…m'a t'elle répondu me montrant un sourire gracieux.
- Ben, vous savez madame, là je retourne dans les Monts d'Arrée et si vous ne me dites pas où vous déposer, vous allez vous retrouver dans les champs au milieu de nulle part!
Elle m'a dévisagé un instant, comme si elle essayait de comprendre (mais quoi ?) puis elle s'est empourprée et s'est mise à hurler !
- Mais quel plouc celui-là !!! Tu crois que j'ai tu temps à perdre avec des bouseux pareils !!!
- Mais madame… ai-je balbutié en rougissant.
- Mais madame… mais madame… non mais je rêve ? T'es vraiment trop "con" m'a-t-elle dit en sortant et claquant violemment la portière.
Je suis resté un moment avant de redémarrer, un peu abasourdi par ce comportement imprévisible.

Lorsque j'ai raconté mon aventure à un de mes collègues joueur de biniou koz il m'a juste dit :
- ah, ça devait être une péripatéticienne.
- Ah bon…
Je n'en ai pas dit plus mais lorsque j'ai lu la définition du dictionnaire : "Qui suit la doctrine d'Aristote parce qu'Aristote enseignait en marchant".
J'ai bien compris que mon camarade avait voulu faire le savant ! Je me demande bien ce que cette jeune dame aurait pu m'enseigner en marchant !