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21.12.2007

Un conte de Noël pour rêver un peu...

Etait-ce vraiment un conte ?


Hier soir, pour le réveillon de noël, l'association "Kan a diskan" avait organisé un fest noz. J'étais assis près de mon vieux maître et lui tenait compagnie tout en admirant les danseurs. Comme je m'extasiais de la virtuosité de la jeune musicienne, il m'a rapporté cette histoire, un véritable conte de Noël.

Écoute plutôt ses paroles…:

"Oh, ça remonte à loin, peut-être soixante ans maintenant. J'enseignais alors dans la vieille école, tu sais, celle qui se trouve près du Morbic et qui est aujourd'hui abandonnée. A l'époque, c'était une classe unique et notre village était bien isolé de la ville et de ses lumières. Je le trouvais bien calme, trop même pour le jeune maître que j'étais. Je ressentais bien souvent ma solitude et là, en cette veille de Noël, j'en souffrais encore plus que de coutume parce que j'allais passer seul le réveillon dans ma trop grande maison d'école.
En début d'après-midi, je travaillais dans mon verger. Je taillais les branches d'un pommier mais ces gestes automatiques qui ne demandent pas une bien grande attention ne me permettaient pas de chasser ma mélancolie.
Soudain, à la barrière du jardin, j'ai aperçu Marie-Louise, ma petite voisine qui est aussi mon élève de CP. Elle se dirigeait vers moi. J'ai tout de suite vu qu'elle avait sa tête des mauvais jours. Elle ignora, Fridu, mon boxer qui était parti se frotter à ses jambes en quête de caresses. Son visage généralement si éveillé, si épanoui me paraissait fermé et bien sombre. Elle est venue à ma hauteur et gardait la tête baissée.
- Bonjour Marie-Louise
- Bonjour monsieur, a-t-elle répondu, sans même lever le nez et en grattant la terre de la pointe de son soulier.
Je restais un moment silencieux, je ne voulais pas la bousculer, mais comme le silence se poursuivait, j'ai repris.
- Tu as des soucis Marie-Louise ?
- …
- Allez, ma petite demoiselle, tu ne devrais pas être si triste… Sais-tu que le Père Noël passera ce soir ? Ce n'est pas une bonne nouvelle ça ?
- Eh non ! Hurla-t-elle, en levant soudain vers moi un visage plein de larmes…Il ne passera plus jamais le Père Noël, plus jamais… parce qu'il n'existe pas !
- Qu'est-ce que tu me racontes là, Marie-Louise, le Père Noël n'existe pas ?
- Non, il n'existe pas, poursuivit-elle en sanglotant. Ses beaux yeux noirs d'ordinaire si brillants, étaient noyés de larmes. C'est mon frère Jules qui me l'a dit. Il a même ouvert l'armoire où papa et maman ont caché les cadeaux.
- Allons, lui dis-je en m'agenouillant pour lui essuyer les joues, ne pleure pas. Ton frère a peut-être voulu faire le malin. Es-tu certaine qu'il sache la vérité sur le père Noël, lui ?
- Ben, oui, c'est un grand quand même…
- Bon, alors moi, je te propose une chose, une expérience si tu préfères. Nous allons couper un sapin. Nous le placerons ici, dans mon jardin et toi tu vas le décorer. Si le Père Noël passe y mettre des cadeaux ce sera la preuve qu'il existe. Qu'en penses-tu ?
- Oui, je veux bien, monsieur, me dit elle en retrouvant son si joli sourire.
- Bien, je prends une scie, tu m'accompagnes, nous allons bien trouver un arbre qui nous servira de sapin.

Nous avons coupé, un jeune pin sauvage qui avait poussé seul près du talus. Nous l'avons ramené à la bonne taille et placé dans un vieux seau bien mal en point. Quelques grosses pierres avaient permis de le maintenir en équilibre.
- Bien, maintenant Marie-Louise, tu attends cinq minutes, je monte jusqu'à ma cuisine et je te ramène de quoi le décorer.
Je lui ai rapporté des fils de laine rouge et du papier d'aluminium.
- Tu vois, là dans les pommiers, il reste encore des pommes que les merles n'ont pas eu le temps de manger. Tu vas les cueillir, et les envelopper dans ces feuilles d'alu, ça te fera de superbes boules que nous suspendrons dans notre sapin.

Deux heures plus tard, notre arbre de noël avait déjà fière allure.
- Tiens, pour qu'il soit vraiment beau, notre sapin, nous allons cueillir quelques branches de houx qui portent encore des boules rouges. Ça finira de lui donner un air de fête.
- Que dis-tu de notre travail Marie-Louise ?
- Oh, oui, il est très joli monsieur, dit-elle en me prenant la main.
- Si le père Noël existe, il ne manquera pas d'y mettre un cadeau en faisant sa tournée. Alors pour éviter que certains soient jaloux et qu'ils te racontent encore des histoires tu ne parles à personne, de notre sapin, ce sera un secret entre nous deux et demain matin, nous verrons bien si le Père-Noël est passé.
- D'accord, monsieur, je ne dirai rien…

Elle avait retrouvé ses yeux noirs brillants de bonheur, d'intelligence et de malice ma petite Marie Louise… et lorsque nous nous sommes séparés, à la tombée de la nuit, il aurait été difficile de dire lequel de nous deux était le plus heureux.

Le lendemain matin, dès le levé du jour, je guettais, par la fenêtre de la cuisine, l'arrivée de Marie-Louise. J'étais certain que sa première visite serait pour notre sapin.
Effectivement, je la vis arriver bien emmitouflée dans son manteau. Sans hésitation, elle se dirigea vers le jardin. Lorsque je la rejoignis, elle tenait déjà dans sa main le cadeau que le père-Noël avait déposé au pied de notre arbre. C'était une grande enveloppe fermée par un ruban et sur laquelle elle put lire son nom "Pour Marie-Louise". Elle l'ouvrit… elle contenait une flûte Irlandaise et une jolie carte…
Elle restait là, silencieuse à contempler son cadeau.
- Veux-tu que je lise ce qu'il y a d'écrit sur la carte ?
Elle me la tendit.
" Qui a osé affirmer que le Père Noël n'existait pas ?
Comme je faisais ma tournée, mon attention a été attirée par ce magnifique sapin. Seulement, il n'existait pas encore, lorsque quelques jours plus tôt, j'avais dressé ma liste de distribution des cadeaux… J'étais donc bien embarrassé, il ne me restait plus de jouets… Je me suis souvenu alors, qu'au fond d'une de mes immenses poches, j'avais une flûte. Je ne te cacherai pas que j'ai un peu hésité à te la donner, pour deux raisons. La première, c'est que cette flûte n'est pas un jouet, c'est celle sur laquelle je joue parfois, lorsque je me sens un peu triste. Et la deuxième, c'est qu'elle est magique… Tu verras, dès que tu sauras en jouer, tu te rendras compte qu'elle sait faire danser, les mamies, les grands-pères, les mamans, les papas et même les enfants.
J'espère que tu en feras bon usage.

Je t'embrasse, petite Marie-Louise…

Signé : Le Père Noël"

Je lui ai rendu la lettre. Nous demeurions silencieux encore émerveillés par ce si gentil mot du Père Noël.

- Tu es heureuse Marie-Louise ?
- Oh oui, monsieur a-t-elle murmuré.

A cet instant, le soleil est passé juste au dessus de l'horizon et a fait briller de mille éclats les cristaux de givre qui s'étaient déposés sur notre sapin.
J'ai pris la main de Marie-Louise et je l'ai raccompagnée chez elle. Ses parents qui eux aussi un moment avaient pensé que le Père-Noël n'existait pas, ont bien été obligés d'admettre qu'ils s'étaient trompés.
Nous avons pris ensemble ce matin là, le plus délicieux chocolat chaud que j'aie jamais bu… Il avait le goût du bonheur.

Nous avons aussi pris rendez-vous pour apprendre à jouer de la flûte. C'est peut-être d'ailleurs parce qu'elle était magique qu'il n'était pas si simple d'en sortir un son.

Tu vois, cette musicienne que tu trouves si extraordinaire, eh bien… elle s'appelle Marie-Louise, c'est la petite fille de la petite Marie-Louise de mon histoire, et elle joue sur la flûte magique du Père Noël… Tu t'en serais douté ?

Et après ça, toi, ne viens surtout pas me dire que le Père Noël n'existe pas.

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